Régis LATORRE

1993 - Le gardien de la paix Régis Latorre trouve la mort alors qu'il poursuit un véhicule suspect. Il avait 40 ans.

Si vous êtes un proche de la victime,
merci de me contacter.
Samedi 27 Novembre 1993. Trois policiers membres de la brigade anti-criminalité du secteur nord de Marseille (Bouches du Rhône) décident de procéder au contrôle d'une BMW, laquelle était signalée aux abords d'un braquage ayant eu lieu la veille dans la soirée.

Le conducteur de la BMW refuse de s'arrêter et les policiers progressent rapidement pour ne pas le perdre de vue. Mais dans des circonstances toujours imprécises, la Renault 5 de ces derniers vient percuter lourdement une rambarde de sécurité d'une bretelle d'autoroute du littoral.

Le gardien de la paix Régis Latorre, quarante ans, chef de bord, a la cage thoracique écrasée sous le choc. Originaire de Frouzins (Haute-Garonne), il meurt des suites des ses blessures dans la journée.

Le véhicule des malfrats est identifié. Il appartient à un couple de gitans sédentarisés sur la commune. Leur placement en garde à vue incite leur fils à se rendre dans un commissariat. Il s'agit de Marc Sauzer, vingt-et-un ans. Il est inculpé pour "refus d’obtempérer et violences et voies de fait avec préméditation sur agents de la force publique ayant entraine la mort de l'un d'eux et une incapacité totale de travail pour deux autres" et placé en mandat de dépôt dans l'attente de son jugement. (Suites judiciaires ignorées).

Sources :
Journal télévisé du 27/11/1993, reportage à 8mn5
Nice-Matin du 04/10/2012, "Assises: les policiers ont tiré en état de légitime défense"

Michel FANIEN

1993 - Le brigadier-chef  Michel Fanien est fauché volontairement sur un barrage routier qu'il vient d'établir pour stopper la fuite d'un véhicule volé à Paris.

Avec l'aimable autorisation de sa famille.
Jeudi 6 Mai 1993. La 2ème brigade mobile d'arrondissement de nuit de Paris (BMAN) intercepte vers 3 heures du matin, Rue de la Marseillaise dans le 19e arrondissement, deux occupants d'une Ford Fiesta de couleur rouge roulant en pleins phares et sans ceintures de sécurité.

Le conducteur obéit dans un premier temps au contrôle de police mais il semble très nerveux au point de faire caler le véhicule. Les policiers remarquent alors qu'aucune clef ne se trouve dans le contact, dont le neiman est forcé et les fils débordent sous le tableau de bord !

Le conducteur redémarre et prend tous les risques pour échapper à ses poursuivants. Un barrage de police est mis en place sur le Boulevard Ney - Porte d'Aubervilliers,  grâce à l'alerte donnée à la radio. Le barrage est constitué d'un véhicule de patrouille et de trois fonctionnaires de police de la BMAN.

La voiture arrive effectivement à très vive allure, mais à contresens de circulation ! Elle se déporte sur le côté volontairement et heurte très violemment le brigadier-chef Michel Fanien, quarante-huit ans. Celui-ci est projeté sous le choc à plusieurs dizaines de mètres et meurt sur le coup. Le véhicule des fuyards s'est arrêté 150 mètres plus loin. Le conducteur est interpellé sans ménagement alors qu'il se dissimule dans des buissons, tandis que son complice parvient à s’échapper.

Le meurtrier est conduit dans les locaux de la 2ème Division de police judiciaire (DPJ). Il se nomme Miloud Bendjilali, un algérien de vingt ans, déjà connu des services de police pour plusieurs affaires de vols qualifiés. La Brigade de répression du banditisme (BRB) est saisie de l'enquête, et le dossier est instruit par le juge Sylvie Pantz. Il apparaît que le véhicule a été volé au cours de la nuit sur la commune des Lilas (Seine Saint Denis).

Lundi 10 Mai 1993. Les obsèques officielles du Brigadier-chef Michel Fanien ont lieu dans la cour d'honneur de la préfecture de police, présidées par Charles Pasqua, ministre de l'intérieur. Né le 11 juin 1945 à Lillers, dans le Pas-de-Calais, Michel Fanien entre dans la Police le 1er Octobre 1966. Affecté successivement dans les 7e et 18e arrondissements, Saint-Denis, puis les 16e et 18e arrondissements, il rejoint finalement la Brigade mobile d'arrondissements D2. Il est nommé Brigadier de police le 1er Mai 1975, puis Brigadier-chef le 1er Septembre 1987. Âgé de quarante-huit ans, Michel Fanien était père de trois enfants, Alexandra, vingt-deux ans, Sandrine, dix-neuf ans et Michel, quatorze ans.

Michel Fanien avait accompli 29 ans de services civils et militaires ; il a reçu la médaille d'honneur de la police française en 1986. Il est nommé Officier de paix à titre posthume, cité à l'ordre de la nation et élevé au grade de chevalier de la légion d'honneur.

Mercredi 12 Mai 1993. Le complice de Miloud Bendjilali se constitue prisonnier. Tous deux sont mis en examen par le tribunal de Paris pour « recel de vol et homicide volontaire ayant pour objet de favoriser la fuite ou d'assurer l'impunité de ce délit », et placés sous mandat de dépôt. (suites judiciaires ignorées)

Sources :
Journal télévisé du 6 Mai 1993 (25ème minute)
Le Monde, article du 07/05/1993, "Un policier parisien décédé [...]
L'Humanité, article du 07/05/1993, "Un brigadier tué par un chauffard à Paris"
Le Monde, article du 08/05/1993, "La mort du brigadier-chef [...] suscite une vive émotion dans la police parisienne"
Le Monde, article du 14/05/1993, "Le compagnon du meurtrier [...] s'est présenté au juge d'instruction"

Christian VERDOULET

1993 - Le gardien de la paix Christian Verdoulet est abattu alors qu'il intervient sur un braquage de banque. Il était marié et père de 4 enfants.
Vendredi 2 Avril 1993. Jacques Poulet, maire de Cran-Gevrier (Haute-Savoie) circule à pieds dans le centre commercial de l'actuelle Place Chorus. Domicilié à proximité, il a ses habitudes et remarque que quelque chose d'anormal se passe dans une succursale du Crédit Agricole - Sud Est.

Il constate qu'une sacoche est coincée dans l’entrebâillement de la porte d'accès, et que deux sinistres individus à l'allure patibulaire semblent se disputer avec le directeur et sa secrétaire. Jacques Poulet donne l'alerte ; le dispositif policier se met en place et soupçonne une tentative de vol à main armée en cours. Il est 14h.

A l'intérieur de la banque, les deux malfaiteurs lourdement armés et grimés d'attributs postiches, menacent effectivement les employés avec un pistolet mitrailleur ; ils raflent un butin dérisoire de 14.000 francs. Ils ont également en leur possession un scanner permettant de décrypter les fréquences radio de la police. C'est peut-être la conviction de l'arrivée imminente des forces de l'ordre qui les incitent à prendre en otage la secrétaire et de rejoindre leur véhicule faussement immatriculé, stationné à l'arrière du bâtiment.

Mais c'est précisément à cet endroit qu'un équipage de police vient de s'immobiliser. Une fusillade très violente éclate. Les projectiles du pistolet mitrailleur de l'un des malfaiteurs atteignent mortellement la poitrine du gardien de la paix Christian Verdoulet, quarante-et-un ans. Une épouse et quatre enfants l'attendent à la maison.

Les truands improvisent et gagnent la Rue de la République sans cesser de tirer et interceptent une camionnette de la municipalité conduite par Paul Spelta. Ils font descendre le conducteur en lui posant le fusil sur la tempe.

Le sinistre duo prend la fuite en direction d'Epagny. Sur l'échangeur de la voie verte, ils franchissent une ligne continue à vive allure au nez d'un véhicule banalisé du peloton motorisé de la gendarmerie locale. Une poursuite s'engage entre les deux véhicules ; mais lorsque les gendarmes parviennent enfin à leur hauteur ils sont percutés volontairement et déviés de leur trajectoire par des coups de feu. Une balle atteint le talon du conducteur ; le véhicule des gendarmes termine sa course dans le fossé.

Les malfrats finissent par gagner le parking d'un centre commercial et y abandonnent la camionnette. Ils choisissent de voler une Ford Fiesta noire en la vidant sans ménagement de ses occupants. Celle-ci est retrouvée où la trace des bandits se perd : à Charly, commune d'Andilly, près de la frontière suisse.

Malgré un important dispositif policier mis en place, de nombreux barrages routiers, les fuyards entrent en cavale. Échec provisoire. Le service régional de la police judiciaire d'Annecy, épaulé par la brigade antigang lyonnaise et leurs homologues du sud de la France, unissent leurs compétences pour traquer les meurtriers. L'enquête est dirigée par le juge d'instruction Marie-Gabrielle Philippe.

Note: Deux années plus tard, un autre drame similaire endeuillait la police nationale à Thonon-les-bains (Haute-Savoie), le gardien de la paix Denis Hoog était tué dans des circonstances similaires.



Les différends véhicules et matériels utilisés au cours de la fuite des malfaiteurs sont retrouvés et révèlent de très nombreux indices. L'enquête se concrétise très vite lorsque l'analyse d'une trace papillaire retrouvée sur un journal abandonné dans la banque donne le nom de l'un des suspects. Tout s'enchaine. Le directeur central du SRPJ de Lyon, Gérard Girel, déclare à la presse : "Nous avons eu plus de mal à les localiser, qu'à les identifier".

21 Avril 1993. La Brigade de recherche et d'intervention de Nice met la main sur Enver Shabani, alias "Johnny", un yougoslave de trente-quatre ans. Il est interpellé sans résistance à La Seyne-sur-Mer (Var). Dans le même temps, les enquêtes avaient retrouvé la trace de l'auteur des coups de feu mortels, à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes) : Christian Kessler, ancien co-détenu de "Johnny" ; un "client"  fiché au grand banditisme de trente-neuf ans, originaire de Tunisie. Le scélérat est interpellé dans un restaurant au terme d'une filature en compagnie de ce que les investigations menées ont pu qualifier de complice : Zohra Souassi.

Cette dernière effectuait les repérages avant la commission des braquages. Kessler s’était évadé de la prison des Baumettes en juin 1991 en prenant en otage un surveillant. Il y était incarcéré pour plusieurs agressions à main armée et vols qualifiés, déjà. Le braquage devait alimenter sa longue cavale au cour de laquelle il avait trouvé refuge à Cercier (Haute-Savoie), dans une villa louée servant de planque et de véritable armurerie. Les perruques utilisées lors du braquage y sont d'ailleurs saisies.

Ce rapprochement savoyard était en partie dû à la présence de Chantal Lamouille, la soeur de Kessler, domiciliée à Meythet, près de Cran-Gevrier. Cette dernière se chargeait des correspondances et de la logistique avec Souassi. Lors des auditions, elle a désigné formellement les deux complices sur les bandes vidéos enregistrées lors des faits. En outre, cinq braquages ont pu être attribués au trio de malfaiteur pour un butin d'environ 250.000 francs...


Cour d'assises de Haute-Savoie

Christian Kessler, 43 ans lors du procès, répondant au chef de "vols avec arme, homicide volontaire, et tentatives d'homicides volontaires, recels d'objets provenant de délits, association de malfaiteurs" est condamné à la réclusion criminelle (dite) "à perpétuité" dont 22 ans de sûreté. Kessler n'a pas nié sa participation au braquage sanglant de Cran-Gevrier et reconnu sa responsabilité dans la mort du policier tout en minimisant sa volonté de tuer, prétextant "un tir à l'aveugle, par instinct de survie".

Enver Shabani, 38 ans lors du procès, répondant au chef de "vols avec arme, tentatives d'homicides volontaires, et complicité, et association de malfaiteurs", écope de 30 ans de réclusion criminelle dont 18 ans de sûreté. Ce dernier s'est contenté de nier les faits dans leur intégralité ; réfutant les déclarations de la sœur de Kessler en arguant qu'il la éconduite auparavant ; saisissant la main tendue par son complice qui a réfuté de façon insistante sa présence lors du braquage meurtrier.

Zohra Souassi, 39 ans lors du procès, poursuivie pour "vols et association de malfaiteurs", est condamnée à trois ans de prison dont deux avec sursis. Elle a déjà effectué huit mois de préventive au prononcé de cette peine, et devait donc sortir rapidement de prison.

Ces individus ont tous été libérés depuis, au strict minimum de leurs peines...

Christian Verdoulet 
- victime du devoir -


Policier aguerri par 20 années de services civils et militaires, très impliqué dans son métier, courageux, disponible et souriant, le gardien de la paix Christian Verdoulet était aussi un mari aimant, et l'heureux père de quatre jeunes filles : Émilie, 11 ans ; Magali, 7 ans ; Laure et Lise, 3 ans.

Né le 29 Mai 1951 à Valréas (Vaucluse), il y passe toute son enfance avec sa petite sœur Annie, et ses parents Guy et Micheline jusqu'à l'âge de 17 ans ; il s'engage dans la Marine Nationale, et reste chef de rang durant trois ans et demi. Il navigue sur le célèbre navire "Clémenceau", parti sur les eaux du monde à la découverte de terres paradisiaques comme la Nouvelle Calédonie ou encore Tahiti dont il tombe amoureux.

Crédit photo: Lise Verdoulet, tous droits réservés
Christian Verdoulet, plage d'Albigny
De retour en France, il retourne chez ses parents pour un an et demi avant d'envisager une carrière dans la police ; sa fille Lise explique : "Son patron refusait de lui changer les pneus défectueux de son camion de livraison ; un jour, il est allé à la rencontre d'un équipage de CRS pour solliciter une amende afin d'en avoir des neufs ! Tous ont fini par sympathiser en encourageant mon père à rejoindre les CRS."

Christian Verdoulet passait donc avec succès à Marseille son examen d'entrée dans la police et intégrait le centre de formation de Rennes aux prémices de l'année 1977. Formation à l'issue de laquelle il rejoignait la 45ème Compagnie Républicaine de sécurité de Lyon-Chassieu (Rhône). Il y choisit la spécialisation de maitre nageur sauveteur (MNS).

C'est ainsi que Christian Verdoulet est régulièrement détaché pendant les périodes estivales au poste de secours de la plage d'Albigny, à Annecy-le-vieux (Haute-Savoie). Lise : "Ma mère étant artisan glacier et possédait l'emplacement réservé à son activité à la proximité immédiate du chalet des CRS-MNS, ils se sont connus là-bas en Juin 1980 ; ils ont fini par se marier en Avril 1981."

Au fil des ans, une sérieuse amitié s'est créée entre tous les protagonistes de ce lieu de villégiature. C'est à Christian Verdoulet que l'on doit l'animation de la fête de la plage et en particulier le concours de châteaux de sable. Il continuait dans le même temps à porter assistance et secours aux personnes sur le plan d'eau, et en dehors.

En Septembre 1992, affecté à sa demande à la circonscription d'Annecy, il rejoignait enfin sa famille qu'il aimait tant et en terminait avec un rythme de vie professionnelle particulier, fait d'allers-retours journaliers entre Lyon et Annecy.

Malheureusement sept mois plus tard, le destin en décidait autrement. Christian Verdoulet est décédé brutalement à l'âge de quarante-et-un ans, privé d'années de bonheur, arraché à l'affection des siens dans des circonstances proprement injustes. Ses obsèques officielles ont lieues à Annecy, sous la pluie battante du mardi 6 Avril 1993, en présence de nombreuses autorités civiles et militaires, et d'une foule d'anonymes émus et indignés.

Christian verdoulet est cité à l'ordre de la Nation le 17 avril 1993 et nommé Officier de paix à titre posthume ; il est également élevé au grade de chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur le 22 Juin 1993.

Après le drame, beaucoup d'honneurs ont été fait en sa mémoire témoigne Lise : "la salle de réunion du commissariat d'Annecy porte son nom, ainsi que le chalet des MNS sur la plage d'Albigny ; en 1994, les écoles de police de Marseille et de Vannes ont décidé de donner son nom à leurs promotions sortantes."

Crédit photo: Lise Verdoulet, tous droits réservés
Poste de secours de la Plage d'Albigny. Christian Verdoulet, tout à fait à gauche.


Sources et références:
Entretien et contributions de Lise Verdoulet
JORF n°90 du 17 avril 1993 page 6369, "Citation à l'ordre de la nation"
JORF n°142 du 22 juin 1993 page 8760, "Décret portant nomination"
Le Dauphiné Libéré du 03/04/1993 (archives papier)
Le Dauphiné Libéré du 05/04/1993 (archives papier)
Le Dauphiné Libéré du 07/04/1993 (archives papier)
Le Courrier Savoyard du 09/04/1993 (archives papier)
L'Essor Savoyard du 09/04/1993 (archives papier)
Le Dauphiné Libéré du 09/04/1993 (archives papier)
Le Dauphiné Libéré du 24/04/1993 (archives papier)

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