Alain VELA

1987 - Le gardien de la paix Alain Vela
est abattu par des malfaiteurs qu'il vient de surprendre en flagrant délit de vol à main armée et séquestration dans un établissement bancaire de La Seyne.

Né le 23 Décembre 1948 à Guelma (Algérie), Alain Véla, ébeniste de profession, est entré dans l'administration en 1971. Affecté en région parisienne, il parvient à obtenir une mutation dans le Var dès 1980 à la circonscription de La Seyne-sur-Mer.

Sportif accompli, passionné de football, il était membre de l'association sportive de la police nationale et de l'amicale Seynoise. Décrit comme un policier courageux, un mari aimant et un père affectueux, il était malheureusement arraché aux siens, victime de devoir.

Son fils Lionel a suivi les traces de son père et est devenu brigadier-chef de police en fonction à Toulon.
Lundi 22 Juin 1987. Tôt dans la matinée, trois malfaiteurs cagoulés venus à bord d'une Ford Fiesta bleue volée se présentent devant une agence de la Société Générale de Mar Vivo à La Seyne-sur-Mer (Var).

Ils séquestrent aussitôt le directeur qui procède à l'ouverture de l'établissement. Mais ces derniers n'ont pas prévu qu'un autre employé détient le jeu de clefs menant aux coffres. Alors qu'ils attendent nerveusement son arrivée, l'un des malfaiteurs est remarqué par une riveraine vigilante, laquelle donne aussitôt l'alerte.

Mis en difficultés par l'arrivée d'un équipage de la Police Nationale, ils prennent la fuite avec leur otage en direction du nord de la commune.  Avenue Garibaldi, près du Square Anatole France, la Ford Fiesta déjante et se retrouve bloquée en sens interdit face à un véhicule sérigraphié de gardiens de la paix en uniformes.

Les malfaiteurs tirent à quatre reprises sur les policiers. Les projectiles viennent transpercer le pare-brise de leur Peugeot 305 break et blessent très grièvement à la tête le policier assis au volant. Ses équipiers ne ripostent pas du fait de la présence de l'otage.

Le véhicule des malfrats gagne le nord de La Seyne à vive allure. A hauteur de l'école Maurice Thorez, ils choisissent d'abandonner la Ford Fiesta et leur otage pour s'emparer avec violences d'une Renault 11, dans laquelle se trouve un couple de retraités originaires de la région lyonnaise. La R11 est également abandonnée dans la cité Berthe où la trace des bandits se perd.

Mardi 23 Juin 1987. Transporté aux urgences de l’hôpital de La Timone, le gardien de la paix Alain Vela, trente-neuf ans, se trouve dans un état jugé désespéré. Il succombe à 16h45, après trois opérations chirurgicales. Entré dans la police en 1971, il était marié et père d'un jeune garçon.

Vendredi 26 Juin 1987. Un couple est écroué pour "recel de malfaiteurs" et "non dénonciation de crime". Leur interrogatoire emmène les enquêteurs sur le piste d'un truand sicilien et de deux malfrats corses. Trois noms vont ressortir de l'enquête : Ange-Toussaint Federici, Antonio Romeo et Julien Paldaci.

Ange-Toussaint Federici, membre de la pègre corse, est arrêté au cours d'un braquage à Pierrelatte (Drôme) en Novembre 1988. Inculpé dans le hold-up de La Seyne, il est condamné par la cour d'assises du Var à 9 ans de réclusion criminelle pour "tentative de vol avec arme, prise d'otages pour faciliter la commission d'un crime et la fuite des auteurs, recel de vol et vol avec port d'arme" ; évadé de la maison d'arrêt de Bastia (Corse) en Août 1990, il n'est remis derrière les barreaux qu'en Janvier 1995 après avoir alimenté sa cavale d'une longue série de braquages violents. Libéré sous condition en Octobre 2003, il est de nouveau confondu dans une affaire de triple homicide à Marseille en 2006 (affaire de la fusillade du "bar des marronniers"). Faits pour lesquels il purge à ce jour une peine de 30 ans de réclusion criminelle.

La Brigade de surveillance et de recherche de Liège (Belgique) met la main en Décembre 1992 sur Antonio Romeo dit "Nino", recherché dans le cadre de plusieurs braquages commis dans le plat pays. Ce sicilien d'origine est aussi identifié comme étant l'auteur du coup de feu mortel du braquage de La Seyne. Condamné par contumace par la cour d'assises du Var à la réclusion criminelle à perpétuité, il est également inculpé pour un assassinat commis en Allemagne en 1991. Extradé en France à partir de Janvier 1997 et condamné à 20 ans de réclusion criminelle en Décembre. Il a toujours nié les faits, et se trouve toujours incarcéré.

Julien Paldacci est interpellé à Villejuif (Val de Marne) en Mars 2012 par la Brigade nationale de recherche des fugitifs, après 25 ans de cavale. Il était porteur d'un révolver de calibre 22 long rifle, et de 20.000 euros en espèces. Condamné par la cour d'assises du Var en Décembre 1992 pour "tentative de vol avec arme, prise d'otages pour faciliter la commission d'un crime et la fuite des auteurs, recel de vol et vol avec port d'arme", il est finalement acquitté faute de preuves suffisantes.

Octobre 2010. Trente ans après la disparition du policier, une plaque commémorative est apposée sur les lieux du drame, avenue Garibaldi, devant les locaux de la poste. La commune de La Seyne et les proches du défunt n'ont pas oublié.

Sources :
Avec l'aimable contribution de Gérard Beccaria.
Le Monde du 25/06/1987, "Hold-up à La Seyne : un policier mortellement blessé"
FR3 Rhône-Alpes du 14/09/2013, "26 ans après un hold-up mortel, un homme acquitté aux assises du Var"
Ouest-France, article du 10/10/2017, "La Seyne, commémoration : une plaque pour Alain Véla"

Roger LATASA

Crédit photo: Mickaël P., PAF Hendaye
1987 - Le gardien de la paix Roger Latasa est tué près d'Hendaye au cours de l'interpellation de deux membres de l'organisation clandestine armée Iparretarrak. Âgé de 37 ans, il était marié et père de trois enfants.

Page réalisée avec l'aimable autorisation de sa famille.
Dans la nuit du samedi au dimanche 21 Juin 1987, un barrage de police établi par cinq agents de la  police de l'air et des frontières basée à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques) est mis en place à hauteur de gare de La Négresse à Biarritz.

Les contrôles se succèdent jusqu'à ce que le conducteur d'une Renault 4 venant d'Arbonne s'arrête à un stop. Il est 23h00. Les deux occupants sont tenus de se soumettre au contrôle ordonné par des gestes réglementaires mais le conducteur refuse d'obtempérer. Aussitôt, deux policiers qui se trouvaient en position d'attente à bord de leur Renault 18 se lancent à leur poursuite.

Ils rattrapent sans peine la R4 qui s'est engagée sur un chemin non goudronné de la commune d'Anglet, près de l'étang de Brindos. Mais elle se retrouve bloquée sur un passage de chemin de fer et cale. Les policiers placent leur R18 devant la R4 pour la coincer encore davantage. Le chauffeur est interpellé sur le champ, il s'agit de l'activiste basque Pierre Bidart alias "Betti", trente-et-un ans. Il est le frère de Philippe Bidart, alors considéré comme le chef de l'organisation clandestine armée Ipparetarrak.

Iparretarrak (IK) -ceux du nord en langue basque- est une organisation aux méthodes terroristes qui lutte pour l'autonomie du Pays basque depuis 1973. Elle refuse de voir l'identité basque devenir une "identité de supermarché" et leur société basculer vers la spéculation immobilière, la "touristification" et l'agriculture intensive. IK intensifie ses actions dans les années 1980, en utilisant les explosifs et les armes contre les symboles de l’état français. En 1982, deux CRS étaient assassinés, attentat non revendiqué mais attribué à IK.

Le passager de la Renault 4 est une jeune femme de vingt-six ans, activiste basque également, évadée de la prison de Pau depuis décembre 1986 : Marie-France Heguy alias "Maddi". Maddi s'enfuit à pied sur la voie ferrée avec un sac contenant un pistolet 9mn et des faux documents d'identité. Elle est rattrapée par le gardien de la paix Roger Latasa. Ce dernier l'escorte menottée jusqu'au siège arrière de la R18.

L'impensable se produit à 23h14 : un train en provenance d'Irun arrive à plus de 80 km/h et frappe de plein fouet la R4 et surtout la R18 qui se trouve pour moitié sur la voie ferrée. La partie avant de la R18 est projetée sur le côté droit de la voie ferrée à plus de 300m du point d'impact, avec le policier. Le train emporte sur plus de 200m la partie arrière de la voiture où se trouvait la militante basque. On retrouve son corps désarticulé, toujours menotté et partiellement calciné dans la carcasse du véhicule.

25 juin 1987. Le parquet de Paris ouvre une information judiciaire à l'encontre de Pierre Bidart, le dossier IK est instruit par le juge Michel Legrand. Bidart est inculpé de "transport d'armes et de munitions, recel de malfaiteur et associations de malfaiteurs, infraction en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler l'ordre public par l'intimidation ou la terreur".

Sources
Journal télévisé du 22/06/1987 - 3ème minute
Encyclopédie du terrorisme international de Thierry Vareilles (p. 351)
Ballades en Pays Basque, publication du 21/06/2010
Le Monde du 28/06/1987, "Un sympathisant du groupe IK écroué"
Le Monde du 23/06/1987, "Deux morts au cours de l'arrestation d'un nationaliste basque"

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