Jean-Louis BRETEAU & Bertrand GAUTIER

1986 - Deux gardiens de la paix sont victimes d'un attentat à l'explosif alors qu'ils tentent d'écarter le colis piégé du public dans le 8ème arrondissement de Paris
Dimanche 14 septembre 1986. Le  "Pub Renault", restaurant très populaire sur les Champs Élysées, est bondé de clients. La Radio NRJ y effectue une grande animation autour de la nouvelle Renault Super 5. Mais cette année là, les parisiens sont très méfiants car une série d'attentats sanglants sont commis au moyen de bombes artisanales et revendiqués par un mystérieux "Comité de Solidarité aux Prisonniers Politiques Arabes".

Vers 17h20, le maître d’hôtel Jean-Claude Blanger inspecte les tables. Une serveuse lui signale qu'un étrange paquet contenant un massif de fleurs se trouve sous l'une d'elles. Il décide de le transporter au premier sous-sol du parking de l'enseigne, situé 41 rue Marbeuf, et se rend aussitôt à l'extérieur pour prévenir deux policiers en faction pour l'occasion.

Lorsque les deux gardiens de la paix affectés au commissariat de police du 8ème arrondissement de Paris gagnent le sous-sol pour jauger le paquet, ils constatent immédiatement qu'il est effectivement beaucoup trop lourd pour son apparence.

Une effroyable explosion retentit à 17h37. Les deux policiers sont déchiquetés par l'éclat de la bombe. M. Blanger est très grièvement blessé.

Le gardien de la paix Jean-Louis Breteau, vingt-quatre ans, meurt à l'instant de l'explosion du paquet piégé. Le gardien de la paix Bertrand Gautier, vingt-neuf ans, est très grièvement blessé et son pronostic vital est réservé. Il décède neuf jours après l'attentat, sans jamais être sorti du coma dans lequel l'avait plongé l'explosion.


Instruction et suites judiciaires


Ce drame rejoint quatorze autres attentats et tentatives d'attentats commis entre le 7 décembre 1985 et le 17 septembre 1986 par le réseau Fouad Ali Saleh, intégriste chiite, pour le compte du Hezbollah libanais. Attentats qui ont provoqué la mort de quatorze personnes et plus de trois cents blessés. Le dossier est instruit par le juge anti-terroriste Gilles Boulouque.

La procédure criminelle a conduit à la condamnation par la Cour d'Assises de Paris de neuf personnes, dont cinq par contumace, à la réclusion criminelle à perpétuité.
Le gardien de la paix Bertrand Gautier meurt neuf jours après l'explosion des suites de graves blessures. Il avait 29 ans.

Originaire de la Manche, il était marié à Michèle et père de quatre enfants : Aurélie, quatre ans, Nicolas et Sandra, deux ans et Pascal, le petit dernier âgé d'à peine huit mois.

Page réalisée avec l'aimable autorisation de son épouse. 
Le gardien de la paix Jean-Louis Breteau meurt à l'instant de l'explosion du paquet piégé. Il avait 24 ans.

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L'information a établi que Abdelhadi Ali Hamade, "numéro 2" du Hezbollah, a donné l'ordre à deux éléments importants de ce mouvement, Hassan Goshn et Ibrahim Akil, d'organiser en France une campagne d'attentats. Ceux-ci, à l'occasion de nombreuses navettes entre Beyrouth et Paris, ont suscité la création, sous l'autorité de Fouad Ali Saleh, d'un réseau de soutien logistique composé d'individus peu soupçonnables, paisibles commerçants ou artisans ou étudiants studieux et calmes (Hassan Aroua, Abdelhamid Badaoui et Omar Agnaou).

La réalisation matérielle des engins et leur pose ont été effectuées par Hussein Masbouh, puis après l'expulsion de celui-ci, par Habib Haidar, introduit en France en toute hâte. Le choix des objectifs a toujours été de la responsabilité de Fouad Ali Saleh.

Le 21 Mars 1987, Fouad Ali Saleh est arrêté rue de la Voûte à Paris par des policiers de la Direction de la surveillance du territoire. Il déclare peu après : « La forteresse de l'islam est l'Iran. Votre pays, en aidant l'Irak, combat l'Iran, c'est donc un ennemi. Notre principal objectif est de ramener la France à la raison par des actions violentes. »

Le 14 Avril 1992, Fouad Ali Saleh est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 18 ans. Il est toujours incarcéré à ce jour à l'isolement total.

Sources :
Le Monde, article du 16/09/1986, "Au pub Renault, sous une table de box..."

Jean-Daniel FAUCHEZ

1986 - Le gardien de la paix Jean-Daniel
Fauchez trouve la mort alors qu'il poursuit
un véhicule suspect.

Page réalisée avec l'aimable autorisation
et participation de son épouse Thérèse.
Dimanche 24 Août 1986. Un équipage de la Compagnie départementale d'intervention de Seine-Saint-Denis patrouille sur la commune d'Aulnay-sous-bois lorsque le conducteur d'un véhicule à forte cylindrée franchit un feu rouge fixe et lui refuse de fait la priorité.

Les policiers décident de procéder à son contrôle mais le conducteur refuse d'obtempérer et la poursuite du suspect s'engage à travers la ville en direction du Val d'Oise.

Déterminé à s'enfuir, le malfaiteur prend tous les risques et circule à une vitesse vertigineuse. Vers 18h00, un drame se produit sur la commune de Gonesse : ce dernier utilise son véhicule pour sortir de la route les policiers qui tiennent la distance.

Le conducteur du véhicule d'intervention en perd le contrôle et celui-ci effectue plusieurs tonneaux. De la carcasse, on retire le corps meurtri du gardien de la paix Jean-Daniel Fauchez, quarante-deux ans. Tombé dans un coma irréversible, le policier meurt à l'hôpital de Gonesse le 30 Août 1986.

Le malfaiteur ne sera jamais retrouvé.

Jeudi 4 Septembre 1986. Le gardien de la paix Jean-Daniel Fauchez est inhumé dans son village natal à Eclaron (Haute-Marne). Affecté depuis treize ans à la CDI 93, au sein de la 2ème compagnie, il est décrit comme quelqu'un d'affable, exemplaire et de tenue irréprochable. Il était marié à Thérèse Lantenois et père de trois enfants. Nommé brigadier de police à titre posthume, il reçoit la médaille d'honneur de la police nationale.

Sources :
Entretien avec Thérèse Lantenois

Alain PERINETTI

1986 - Le policier municipal Alain Perinetti est abattu au cours d'un braquage de banque réalisé par quatre malfaiteurs.

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Mardi 12 Août 1986. Quatre malfaiteurs lourdement armés juchés sur deux motos se stationnent face à une caisse d’épargne de Saint-Raphaël (Var). Il est onze heures.

Casqués, gantés et porteurs de lunettes de soleil, deux d'entre eux font irruption dans la banque et réclament l'accès au coffre fort tandis que les deux autres se postent près de l'entrée pour guetter les environs.

Dans la banque, les malfrats surexcités démontrent clairement qu'ils ne maitrisent pas la situation. Tout bascule lorsqu'un client, Marius Darmesin, cinquante ans, tente de s'enfuir par tous les moyens. Probablement inexpérimentés, les braqueurs l'abattent à bout portant.

Un riverain vigilant alerte aussitôt les policiers municipaux dont le poste se situe à une vingtaine de mètres de la banque. Ces derniers interviennent rapidement avec pour seuls moyens de défense : une bombe lacrymogène et un fusil ne tirant que des balles en caoutchouc non létales. 

Alors qu'ils sont sur le point de quitter la banque sans butin, les malfrats ouvrent le feu en direction des policiers. L'individu faisant le guet devant la porte tire à quatre reprises en direction du policier sur le point de l'interpeller, Alain Perinetti, quarante-et-un ans, et l'atteint mortellement à la tête alors qu'il n'est même pas armé. Visé à son tour, son équipier réplique par des tirs mais les balles en caoutchouc rebondissent sur le casque du meurtrier. Les malfrats prennent la fuite en laissant de nombreux indices derrière eux.

L'agent Alain Perinetti était marié et père de deux enfants. Élevé au grade de brigadier de police municipal à titre posthume, il est inhumé en Corse à Favalello-di-Bozio d'où il était originaire. L'enquête menée par la police judiciaire de Toulon (Var) aboutit à l'identification de quatre individus, dont trois sont d'anciens codétenus de la maison d'arrêt de Nîmes (Gard).

28 Mars 1990 - La cour d'assises du Var à Draguignan condamne à des peines de dix a douze ans Jean-Michel Ega, trente-deux ans, René Guillaume, trente ans, Alain Bodard, vingt-huit ans, qui a reconnu avoir fourni la logistique. Ce dernier désigne Manuel Zapater y Sanchez, un malfrat espagnol âgé de trente ans, comme étant l'auteur des tirs mortels. Le misérable était toujours en fuite. (suite inconnue le concernant)

En mai 2015, la ville de Saint-Raphaël met à disposition de ses policiers des gilets pare-balle, sans que toutefois ces derniers ne soient équipés d'un armement létal.

Références :
Le Parisien 13036 du 13/08/1986, "Hold-up sanglant au coeur des vacances : un policier et un retraité tués"
Journal télévisuel du 12 Août 1986 - Porter la vidéo à 17mn 18s

Marcel BASDEVANT

1986 - L'inspecteur Marcel Basdevant est assassiné dans un attentat fomenté par l'organisation terroriste Action Directe.
En 1986, l'Affiche Rouge, branche lyonnaise de l'organisation terroriste Action Directe (AD), est démantelée. Isolé et recherché pour son appartenance à AD, Maxime Frérot, ancien expert artificier formé au régiment de parachutistes de Bayonne, espère peut-être s'offrir un nouvelle réputation en commanditant un attentat.

Dans la nuit du 4 Juillet 1986, Rue Mogador à Paris, un gardien de la paix de la CRS N°54 abat un jeune conducteur qui refusait de s'arrêter : Loïc Lefèbvre. L'affaire a un fort retentissement dans les médias, prétexte qui va servir à Frérot pour préparer un attentat contre la Police. Il vise grand, il veut poser une bombe dans la cour d'honneur de la préfecture.

Frérot réactive un complice avec qui il a commis de nombreux braquages pour le compte d'AD jusqu'en 1984 : Gilbert Vecchi. Cet ouvrier couvreur lui indique une alternative possible : il a travaillé sur le chantier des futurs locaux de la brigade de répression du banditisme, désormais installée depuis quelques mois Quai de Gesvres dans le 4ème arrondissement de Paris. Il esquisse à Frérot un plan détaillé des lieux.



Mercredi 9 Juillet 1986. Frérot transporte une dizaine de kilos d'explosifs de sa confection dans les toilettes du 4ème étage de la brigade où l'entrée n'est pas encore étroitement surveillée. A 16h56, l'explosion souffle plusieurs étages et blesse des dizaines de personnes, majoritairement des policiers. L'inspecteur divisionnaire Marcel Basdevant, cinquante-deux ans, meurt écrasé sous une dalle de béton séparant le 4ème du 5ème étage ; les inspecteurs Paul Orsini, trente-cinq ans et Armel Legras, trente-trois ans, en sortent gravement mutilés.

Vendredi 11 Juillet 1986. L'attentat est revendiqué par Action Directe. Une lettre et des appels téléphoniques reçus au quotidien "Le Monde" sont authentifiés. Le communiqué est signé "commando Loïc Lefèbvre".


Communiqué sur la revendication de l'attentat


Décembre 1986. Christian Dubray et son cousin Gilbert Vecchi sont arrêtés au terme d'un braquage à Fresnes. Espérant minimiser sa peine, ce dernier remet des aveux circonstanciés aux enquêteurs et désigne Maxime Frérot comme l'auteur de l'attentat du Quai de Gesvres. Fiché depuis 1979 au "catalogue d'AD", il devient l'ennemi public numéro 1, et son portrait passe à la télévision et s'affiche dans tous les commissariats de France.

28 Novembre 1987. En cavale, inlassablement traqué, Maxime Frérot revient à Lyon où il pense se faire oublier dans des squats. Il est néanmoins interpellé par des policiers courageux alors qu'il circule dans les sous sols de l’hôtel Mercure, près de la gare de la Part-Dieu.


Témoignage en images du policier interpellateur, le gardien de la paix Marc Baquéro.
Il faut porter la vidéo à 19mn 30.
(ce policier est décédé en mai 2012)

EPILOGUE

Maxime Frérot est condamné (une première fois) en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité pour une série d'attentats et de hold-up, qui avaient ensanglanté Lyon et Paris dans les années 1980, et notamment les meurtres du brigadier Guy Hubert en 1981 et du Général de Gendarmerie Guy Delfosse en 1984.

La cour d'assises spéciale de Paris le condamne une seconde fois en 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'attentat contre les locaux de la brigade de répression du banditisme. Peine assortie d'une mesure de sûreté de 18 ans. La cour ayant tenu compte de ses aveux, Gilbert Vecchi est condamné à une peine de dix ans d'emprisonnement.

Bien plus tard, en 2002, sur la base d'une information d'un indicateur des renseignements généraux, 230 kilos d'explosifs, d'armes et d'engins de guerre sont retrouvés dans les sous-sols du 72 Rue Vauban, box 110, dans le 6ème arrondissement de Lyon, et au 7-9 Rue Elie Rochette  dans le 7ème arrondissement. La fin d'une incroyable association.

2 Juillet 2010. Maxime Frérot retrouve la liberté après 23 ans passés en détention. Il quitte le centre de semi-liberté de Nîmes (Gard) à l'âge de 53 ans. Soit l'âge de sa dernière victime.
1986 - L'inspecteur divisionnaire Marcel Basdevant est victime d'un attentat fomenté par un membre d'Action Directe. Il était l'un des membres les plus respectés de la brigade de répression du banditisme.

Né à Paris en Mai 1934, Marcel Basdevant n'a que six ans lorsqu'il devient orphelin de sa mère ; il passe son enfance à Planchez-en-Morvan (Nièvre) élevé par ses grands-parents. Jeune adolescent, il rejoint son père, employé à la Ville de Paris où il obtient son brevet élémentaire

Au début des années cinquante, alors âgé de dix-neuf ans, il entame une carrière chez les sapeurs-pompiers. Il obtient par la suite un poste de télégraphiste, détaché à la Préfecture de police de Paris. Un choix qui sera déterminant dans son orientation professionnelle : il devient gardien de la paix en 1962.

Travailleur, consciencieux et déterminé, il réussit son examen d'inspecteur de police dès 1964 et intègre les prestigieux locaux du Quai des Orfèvres.

Pendant de nombreuses années, il traque le grand banditisme de jour comme de nuit. Il est décrit par ses collègues comme un policier d'une grande valeur, respecté de tous, même des truands. Les journalistes avaient coeur à suivre ses enquêtes.

Le célèbre Commissaire Robert Broussard, qui était l'un de ses collaborateurs directs évoquait un technicien hors-pair, un vrai chasseur, l'un des inspecteurs les plus compétents qu'il ait jamais rencontré. A la brigade de répression du banditisme, il avait formé nombre de jeunes policiers et de chefs de groupe.

Marié à Adrienne, il était père de deux enfants : Sandrine et Bernard. Bon père et bon époux il s'était attiré la sympathie de toute la communauté de Planchez où il revenait très régulièrement. Ses enfants ont suivi son exemple et ont embrassé une carrière dans la police. Bernard Basdevant, décédé en 2011, s'était distingué en mettant fin aux agissements du tueur en série Guy Georges en procédant en 1998 à son arrestation à la station de métro Blanche à Paris.

Au terme d'une carrière aussi respectable que périlleuse, Marcel Basdevant est mort assassiné dans son bureau, trois ans avant sa retraite... Il rêvait simplement de revenir à Planchez pour cultiver la terre à plein temps avec son épouse.


Sources et références :
Entretien avec Françoise Bernard, cousine de Marcel Basdevant
La longue traque d'Action Directe par Roland Jacquard (éd. Albin Michel 1987)
Le Nouvel Obs 1198 du 23/10/1987
Le Progrès du 29/03/2011 "Le gardien de la paix Marc Baquéro avait arrêté Max Frérot à Lyon. Il raconte"
Le Parisien du 22/09/2002 "Deux immeubles de Lyon vivaient sur une poudrière"

André DAL PRA

1986 - Un gardien de la paix de la CRS N° 28 est assassiné alors qu'il occupe un porte de garde à l'ambassade de France du Ouganda.

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Vendredi 21 Mars 1986. Suite à l'arrivée au pouvoir au Ouganda de Yoweri Museveni, le rétablissement de la sécurité dans le pays devient une priorité. Instable, il connaît effectivement une brusque recrudescence d'exactions : crimes de sang-froid, actes de pur banditisme, vols, règlements de comptes personnels ou politiques.

C'est dans ce contexte que le gardien de la paix André Dal Pra, membre de la Compagnie républicaine de sécurité N° 28 basée à Montauban (Tarn-et-Garonne), est tué alors qu'il est détaché à la sécurité de l'ambassade de France à Kampala.

Tôt dans la matinée, il surprenait à son domicile, dans le quartier de Kololo, plusieurs individus armés entrés par effraction. (Suites judiciaires ignorées)

Sources :
Le Monde du 24/03/1986, par Jacques Debarrin - "Un garde de l'ambassade de France assassiné"

Jean Gaston VRINDTS

1986 - L'inspecteur Jean Vrindts est abattu alors qu'il tente de maitriser un malfaiteur membre du "gang des postiches" surpris en flagrant délit de vol à main armée dans le 16ème arrondissement de Paris.

Âgé de trente-trois ans, il était marié et père d'un enfant de dix ans ; il attendait la venue au monde d'une petite fille.

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De 1981 à 1986, une association de malfaiteurs aux méthodes très inhabituelles est à l'origine d'une série d'attaques de banques spectaculaires en région parisienne.

Grimés avec des perruques et divers accessoires, ils prennent littéralement possession des agences en plein jour, retiennent clients et employés une à deux heures, le temps d'éventrer aux marteaux et aux burins les mini-coffres loués par les  particuliers.

Ils raflent des fortunes dans ces casiers qui regorgent de lingots d'or, pièces et bijoux, et surtout de l'argent liquide non-déclaré au fisc. Sans affiche politique, ils s'attirent même une certaine sympathie de l'opinion publique.

Noyés dans les dossiers qui s'accumulent, la police judiciaire est désemparée. Les policiers ignorent qu'il s'agit alors de voleurs expérimentés, soudés et organisés depuis leur enfance passée entre Montreuil et Belleville, et qui agissent sans repérage et sans préparation !

Ridiculisée par la Presse, la Police Judiciaire lance un dispositif spécial, appelé plan « Ballon » : des capteurs sismiques sensibles aux bruits suspects sont installés dans les salles des coffres des banques. Les sonorisations sont directement reliées aux services de police.

Mardi 14 janvier 1986. Un capteur sismique renvoie des bruits de marteaux et de coups de burins au Crédit Lyonnais du 39 Rue du Docteur-Blanche dans le 16ème arrondissement de Paris : les Postiches sont en plein travail et retiennent trente-quatre personnes. Soixante-sept policiers en civil et trente-et-un véhicules banalisés les attendent à la sortie !

L'opération est organisée par la Brigade de Répression du Banditisme, menée par le Commissaire Raymond Mertz, avec l'appui de la Brigade de Recherche et d'Intervention, menée par le commissaire Claude Cancès. Des agents de la brigade Territoriale et du commissariat local ont également rejoint le dispositif. Suivant les consignes du commissaire Mertz, les policiers doivent s'en tenir à une méthode classique : ne pas intervenir à chaud et prendre en filature les malfaiteurs.

A 16h20, trois gangsters chargent de sacs une Renault 4 près de la banque. A l'intérieur, 725.000 francs, dix lingots et des pièces d'or. Deux autres quittent la banque et gagnent à pieds la Rue Henri Heine, toujours grimés, mais les mains vides. Or, les commissaires Cancès et Mertz s'y trouvent justement stationnés en position d'attente. Les policiers se coordonnent difficilement sur les ondes courtes de leurs moyens radios.

Par un impensable hasard, face au 26 de la rue, les deux malfaiteurs prennent place au volant d'une Renault 5 GT Turbo noire, stationnée en face du véhicule de police ! Avant de prendre place dans l'habitacle, le passager observe brusquement les policiers. Tout se joue à cet instant crucial.

Se sentant menacé ou probablement identifié, le commissaire Raymond Mertz s'extirpe du véhicule banalisé et ouvre le feu à trois reprises. Il blesse le conducteur de la R5 alors que ce dernier tentait d'exhiber une arme de poing. Le malfaiteur, qui s'avèrera être Patrick Geay, est maitrisé difficilement avec le renfort du commissaire Jean-Pierre Birot et de l'inspecteur Jean-Michel Rolland. Le complice, Robert Marguery, prend la fuite armé d'une mitraillette, laquelle s'enraye lorsqu'il tente de faire feu sur les inspecteurs Vergne et Lastère venus l'interpeller.

Dans le même temps, alertée par les coups de feu, la première équipe de malfaiteurs emprunte la Rue René Bazin et prend à revers le dispositif policier. Une seconde fusillade très intense éclate dans laquelle le truand Bruno Berliner et l'inspecteur Jean Vrindts s'entretuent. Le commissaire Birot est victime d'un tir qui le blesse à la tête.

La situation empire encore lorsque l'inspecteur Patrick Ulmer est pris en otage par l'un des gangsters porteur d'un loden vert. Celui-ci le tient en respect avec un revolver sur la tempe et se dirige vers les policiers. Il ordonne à l'inspecteur Jean-Michel Rolland de libérer son complice menotté de les conduire dans un véhicule de police. Les deux malfrats et leurs deux otages policiers prennent la direction de Neuilly-sur-Seine par le périphérique.

Pendant le trajet, les malfaiteurs tirent sur les poursuivants et même de simples usagers de la route. A Neuilly, ils veulent changer de véhicule. Les policiers tentent leur chance et prennent la fuite  mais l'inspecteur Rolland se fait tirer dessus dans le dos, alors qu'il n'est même plus armé. Le bilan est accablant : un truand et un inspecteur de la BRI sont morts, deux autres policiers sont grièvement blessés et un seul des cinq bandits a pu être interpellé. Ce drame créée un profond et durable malaise au siège de la police judiciaire parisienne (dont les tenants et aboutissants n'ont pas a être débattus sur cette page)


Vendredi 17 Janvier 1986. Les obsèques officielles de l'inspecteur Jean Gaston Vrindts ont lieu dans la Cour de la Préfecture de Police en présence de Jacques Chirac, maire de Paris, Pierre Venbrugghe, directeur de la police nationale et François Roussely, directeur du cabinet du ministre de l'intérieur. L'inspecteur Vrindts avait trente-trois ans ; il était marié, père d'un enfant de dix ans, et attendait la venue au monde d'une petite fille.

Le Commissaire Claude Cancès a rendu hommage à son collègue " qui a sacrifié sa vie pour la défense de la sécurité publique, un sacrifice qui sert d'exemple à notre action ". A titre posthume, Jean Vrindts a été décoré de la médaille d'or des actes de courage et de dévouement, de la médaille d'honneur de la police française et de la médaille de vermeil de la Ville de Paris. Il est inhumé à Yerres (Essonne).


Pièces à conviction
Au prix d'une longue et minutieuse enquête, l'identification et l'arrestation du noyau dur du gang des postiches survient le 13 Décembre 1986, dans un petit pavillon en région parisienne au 28 Rue des Pins à Yerres (Essonne). Les policiers du RAID interpellent sans heurts Patrick Geay, André Bellaïche, Jean-Claude Myszka et un complice n'ayant pas participé aux exactions bancaires du gang, Gian Luigi Esposito.

La perquisition est fructueuse et un butin correspondant aux derniers braquages des postiches est retrouvé planqué dans les murs, soit plus de 300 000 francs, 5 000 pièces d'or, des kilos de bijoux et de pierres précieuses.

Au terme de six années de détention préventive, ces individus sont relâchés dans l'attente de leur procès. En Mars 1996, la cour d'assises de Paris condamne Marguery,  Myszka et Bellaïche à des peines de 12 à 8 années de réclusion criminelle. Seul Patrick Geay ne s'est pas présenté et écope d'une peine de trente ans de réclusion criminelle par contumace.

En Janvier 2003, Patrick Geay est interpellé au terme de quinze ans de cavale dans un appartement du 15ème arrondissement où il vivait sous une fausse identité. Rejugé en 2006, il écope d'une peine de 17 ans de réclusion criminelle après avoir toujours nié les faits. Il est le seul membre du gang a se trouver toujours en prison.

Le butin du gang des postiches (plus de 800 millions de francs) est finalement retrouvé dans une tombe, dans le cimetière de Fontenay-en-Parisis (Val d'Oise) par le tueur en série Michel Fourniret lequel tenait l'information d'un codétenu trop bavard, Jean-Pierre Hellegouarch, et lequel a lui même obtenu l'information d'un codétenu : Gian Luigi Esposito. Personne n'a semble-t-il profité de la fortune.


Sources :
Le Monde, article du 18/01/1986, "Obsèques discrètes pour le policier Jean Vrindts [...]"
Le Monde, article du 16/01/1986, "Les ratés du plan ballon"
Journal Libération (éd du 26/03/1996)
Daniel Boulanger - Le Jour où j'ai tué HB (éd Broché - 2007)
Patrice Lastère - Un flic passe aux aveux (éd Lattès - 2013)
La Grande Histoire de l'Antigang de Mathieu Frachon
Wikipédia - L'affaire Dominique Loiseau (lire ici)

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