Jean-Noël RINAUD

1983 - Le gardien de la paix motocycliste Jean-Noël Rinaud est fauché volontairement par le conducteur d'un véhicule volé près de Romainville. Marié et père de famille, il avait 30 ans.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter.
Mercredi 7 Décembre 1983. Deux motocyclistes de la Compagnie républicaine de Sécurité N° 4 basée à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne) se trouvent en poste fixe à côté de leurs engins, à hauteur de l'échangeur de Romainville / Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Vers 17h20, ils constatent que le conducteur d'une Citroën BX arrive à vive allure et ne respecte pas l'arrêt imposé au feu rouge fixe près de leur point de surveillance. Le gardien de la paix Jean-Noël Rinaud se porte sur la voie et effectue les gestes réglementaires incitant l'automobiliste à immobiliser son véhicule. Contre toute attente, le conducteur accélère après avoir ralenti, et se déporte brusquement en direction du policier.

Ce dernier est fauché volontairement et éjecté violemment sur le côté de la route. Son équipier tire à quatre reprises sans parvenir à immobiliser ou déporter le véhicule du malfaiteur. On le retrouve partiellement calcinée, plaques arrachées, sur un parking de Romainville. Les premières constatations démontrent qu'il s'agit d'un véhicule volé. (suites judiciaires inconnues)

Le gardien de la paix Jean-Noël Rinaud, trente ans, est victime d'un très grave traumatisme crânien. Rapidement transporté aux urgences de l'hôpital Lariboisière dans le 10ème arrondissement de Paris, il est plongé dans un coma dont il ne se réveillera malheureusement jamais. Marié et père de famille, il est inhumé dans la plus stricte intimité dans la Vienne, d'où il était originaire. Il est nommé brigadier de police à titre posthume et cité à l'ordre de la nation.

Sources :
Journal officiel du 10/12/1983, page 3566, "Citation à l'ordre de la nation"

Claude HOCHARD

Crédit photo : Chantal Chagot Huyet (tous droits réservés)
1983 - Le gardien de la paix Claude Hochard est abattu par un motard au terme d'une course poursuite dans les rues de la capitale. Il avait trente ans.

Originaire de Courant en Charente-Maritime, il était père de deux enfants nés d'un premier mariage. Ce passionné d'haltérophilie venait de remporter deux jours avant sa mort le titre de champion de France dans sa catégorie.

Il est nommé brigadier de police à titre posthume et cité à l'ordre de la nation.
Lundi 21 Novembre 1983. Place de la Concorde, deux motards de la Préfecture de police, affectés aux équipes de répression spéciales de nuit (ERSN), remarquent le pilote d'une moto rouge dont l'engin est dépourvu de feu de position arrière. Il est 23h50.

L'individu qui prenait la direction de l'Arc de Triomphe est rattrapé sans mal par les policiers. Le contrôle se passe très bien et ce dernier se montre calme et sûr de ses réponses. Mais dépourvu de pièces d'identité, il donne une identité verbale, qui s'avèrera fausse.

Les motards décident logiquement de procéder à une vérification de son identité et lui demandent de les suivre jusqu'à la pré-fourrière de Balard dans le 15ème arrondissement de Paris.

Le destin des motards se joue à cet instant. Ils ne savent pas encore qu'ils escortent un meurtrier qui se sait recherché dans tout l'Hexagone.

Le gardien de la paix Patrick Steinmetz ouvre la voie avec sa moto. Alors qu'il s'engage le premier dans la pré-fourrière, le suspect effectue un brusque changement de direction et prend la fuite ! Mais le gardien de la paix Claude Hochard réagit aussitôt et tient la distance.

Alors que le suspect prend tous les risques en empruntant les grands boulevards extérieurs en direction du Bois de Boulogne, un accident s'y produit, et les deux motards se retrouvent au sol, Allée de la Reine Marguerite.

Le policier se relève et porte la main sur son arme de service. Dans le même temps, le suspect a déjà saisi un revolver qu'il dissimulait sous la selle de son engin et tire trois fois. Le malheureux policier reçoit deux balles de 7,65 dans la poitrine. Avant de mourir sur place, il est néanmoins parvenu à blesser son agresseur qui a pris la fuite à travers les bois.

Toutes les unités de police parisiennes sont en alerte, et des centaines de policiers patrouillent durant toute la nuit dans les rues du Bois de Boulogne pour retrouver le meurtrier. En vain.

La motocyclette est identifiée. Les enquêteurs remontent la piste jusqu'à un certain Lionel Cardon, vingt-cinq ans. Ce dernier est recherché pour un double meurtre commis à Pessac en Gironde à l'automne 1983. Les époux Aran ont été assassinés dans des circonstances ignobles dans le cadre d'un cambriolage qui a tourné à la séquestration (voir rappel plus bas).

A 10h20, l'Agence France Presse reçoit un coup de téléphone de Cardon. Il déclare, dans un communiqué retransmis à la télévision : être responsable de la mort du motard tout en se considérant en état de légitime défense ; être totalement étranger aux meurtres des époux Aran.

Jeudi 24 Novembre 1983. Les obsèques officielles du gardien de la paix Claude Hochard, trente ans, ont lieu dans la Cour d'honneur de la Préfecture de police.

Sinistrement, ce même jour, Lionel Cardon prend en otage Me Nicole Dreyfus à son cabinet d’avocate, Rue Nicolo dans le 16ème arrondissement de Paris, avec sa secrétaire, et la journaliste Annette Kahn qu’il a lui-même convoquée pour une interview. La prise d’otage dure neuf heures. Une fusillade éclate alors que des policiers du commissariat local sont sur le point de l'interpeller. Cardon tire et blesse grièvement le brigadier Jean-Pierre Molveau. La brigade de recherche et d'intervention est dépêchée sur place, et le Commissaire Claude Cancès obtient la reddition du forcené.

Samedi 15 Septembre 1984. Mme Martine Alligant épouse à titre posthume Claude Hochard à la mairie du 15ème arrondissement de Paris, consentement rendu possible par décret du président de la république.

Mercredi 16 Avril 1986. La cour d'assises de Paris condamne Lionel Cardon à la réclusion criminelle dite "à perpétuité" pour le meurtre du Brigadier Claude Hochard. Il se trouve en outre condamné à verser à la journaliste qui fut son otage rue Nicolo, le franc de dommages et intérêts qu'elle demandait ; à la veuve du brigadier Hochard 100 000 francs ; à la mère de celui-ci 50 000 francs, à son frère 20 000 francs, à sa première épouse et aux deux enfants mineurs nés de ce mariage 50 000 francs chacun ; au brigadier Molveau encore 50 000 francs et, enfin, à l'agent judiciaire du Trésor 1 817 000 francs représentant le montant des pensions, indemnités et capital décès que l'État eut à verser aux victimes. Autant de décisions qui, bien évidemment, n'ont jamais pu quelque jour être assorties d'une exécution...

Dimanche 14 Décembre 1986. La cour d'assises de paris condamne une seconde fois Lionel Cardon à la réclusion criminelle à perpétuité, peine assortie d'une mesure de sûreté de dix huit ans pour complicité dans les assassinats des époux Aran. Il s'est toujours dit étranger à l'issue dramatique de cette affaire.

Octobre 2012. Lionel Cardon bénéficie d'un régime de semi-liberté, puis d'une libération conditionnelle qu'il ne respecte pas dès 2013 en ne se présentant pas devant le juge. Il est par la suite de nouveau suspecté dans le cadre de vols à main armée commis à Toulouse en 2015 et incarcéré de nouveau !


RAPPEL SUR L'AFFAIRE ARAN


11 octobre 1983. Le corps de François-Xavier Aran est retrouvée dans la baignoire de sa villa à Pessac en Gironde. Cet éminent chirurgien bordelais a été ligoté de telle sorte qu’il a fini par s’étrangler dans ses liens. Sa femme Aline a disparu, de même que sa voiture. Les policiers de Bordeaux excluent rapidement la piste passionnelle. Selon les témoignages, le couple était très uni.

La famille lance un appel aux éventuels ravisseurs par l’intermédiaire de leur avocat. C’est à son cabinet que le 21 octobre, un homme appelle à plusieurs reprises. Il se présente comme un des ravisseurs. Les appels proviennent de cabines téléphoniques à Bordeaux.

Les policiers parviennent à localiser l’homme et le suivent. Ils ne l’interpellent pas au cas où Aline serait encore en vie auprès d’éventuels complices mais perdent sa trace. Un portrait robot est produit. Le 28 octobre, le corps d’Aline est retrouvé dans un bois près de Nevers, tuée plusieurs semaines auparavant d’une balle de 7,65 à bout touchant.

Les enquêteurs font le rapprochement avec un autre dossier de cambriolage où une carte d’identité appartenant à un certain Lionel Cardon a été retrouvée. Le rapprochement avec le portrait robot est évident. Il devient le principal suspect dans l'affaire Aran.

Lionel Cardon était sorti de prison au mois de février après avoir purgé une partie de sa peine de six ans pour vols qualifiés. En liberté conditionnelle, il doit donc pointer pour son contrôle judiciaire, les policiers l’attendent de pied ferme. Mais l'information a fuité dans la presse. Le quotidien régional Sud-Ouest publie en une le portrait-robot de "Lionel C". Tous les médias reprennent l’info et donnent son nom. Lionel Cardon part en cavale.


Sources et références :

Journal officiel du 24/11/1983, page 3407, "Citation à l'ordre de la nation"
Emission de Jacques Pradel, RTL du 11/11/2015 "L'affaire Lionel Cardon"
Émission "Faites entrer l'accusé", "La folle cavale de Lionel Cardon"
Le Monde, article du 23/11/1983, "Le principal suspect de l'affaire de Pessac avoue le meurtre d'un policier à Paris"
Le Monde, article du 25/11/1983, "Lionel Cardon retient 3 personnes en otages, un brigadier grièvement blessé"
Le Monde, article du 18/09/1984, "Oui posthume"
Le Monde, article du 08/04/1986, "Lionel Cardon devant les assises de paris"
Le Monde, article du 18/04/1986, "Lionel Cardon condamné à la réclusion perpétuelle"
Le Monde, article du 16/12/1986, "Lionel Cardon est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité"

Daniel CHA


Vendredi 2 Septembre 1983. Le brigadier Daniel Cha, affecté au centre national d'entraînement à l'alpinisme et au ski des Compagnies républicaines de sécurité de Chamonix (Haute-Savoie), meurt d'épuisement sur la face sud de l'Aiguille du Midi dans le massif du Mont-Blanc.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter.

Sources :
"Victimes du devoir" de Stéphane Lemercier, éditions du Prévôt, page159.

Albert PAYEN

La création du Grand Liban par la France en 1920 est une source de contestation pour les nationalistes tant syriens que libanais, qui revendiquent le rattachement du Liban à la Syrie. Damas cherche de ce fait à contrôler le Liban et exerce diverses pressions qui tendent les relations entre les deux États. De plus, dans le contexte de la guerre froide, le Liban s’étant rangé dans le camp occidental, il refuse d’intégrer la République arabe unie et se distingue par sa liberté d’expression, son économie libérale et par une forte communauté chrétienne.

Reste que le nombre de réfugiés et donc de camps palestiniens au Liban surcroît après la guerre des six jours en 1967. Avec l'appui de la Syrie, certains de ces camps organisent des attaques contre l’État d'Israël, lequel contre attaque sur le territoire libanais. La guerre civile éclate en avril 1975 à la suite de graves incidents entre phalangistes chrétiens et palestiniens. Le quotidien : guérilla urbaine, assassinats de civils, francs-tireurs, bombardements. En 1976, les premiers CRS sont déployés pour protéger l'ambassade de France à Beyrouth. La même année, deux d'entre eux meurent lors de bombardements entre belligérants.

30 Août 1983. Les combats se sont intensifiés au Liban entre l’armée et les milices chiites. Des armes de tous calibres ont fait leur réapparition. L’ambassade de France à Beyrouth est touchée par deux roquettes en fin d’après-midi : trois légionnaires français et un policier de la Compagnie républicaine de sécurité N° 38 ont été tués et six personnes blessées. Pour ce dernier, il s'agit du gardien de la paix Albert Payen, détaché de la préfecture de police à la garde de l'ambassade. 

Sources : Journal officiel du 2 Septembre 1983, page 2698

Marc WAWRZYNIAK

1983 - Le gardien de la paix Marc Wawrzyniak est abattu par un malfaiteur belge en cavale, surpris au volant d'un véhicule volé.

 Originaire de Lallaing (Nord), il était affecté à la circonscription de sécurité publique de Reims depuis mars 1983. 

Cité à l'ordre de la nation, il est nommé brigadier de police à titre posthume. Il était marié à Hélène Ciemniak et père d'une petite fille de deux ans.

En mai 1986, la ville inaugure une voie à son nom.

Son meurtrier a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Si vous êtes un proche de la victime,
merci de me contacter.
Mardi 19 juillet 1983. Un équipage police-secours du commissariat central de Reims (Marne) remarque un véhicule Lancia de couleur claire qui circule aux abords des "hautes promenades" dans le centre-ville. Il est environ 2h15 du matin.

Alertés par le comportement suspect du conducteur, les policiers tentent de le contrôler mais ce dernier prend aussitôt la fuite en effectuant un demi-tour à vive allure. Le véhicule est faussement immatriculé.

Du fait d'une chaussée rendue glissante par la pluie qui tombe cette nuit là, le fuyard perd le contrôle de la Lancia et se retrouve accidenté et immobilisé Place de la République.

Le malfaiteur saisit un fusil de chasse modifié qu'il a à portée de main et tire aussitôt en direction du véhicule de police qui s'arrête à sa hauteur. Le policier en position de chef de bord est atteint mortellement à la gorge par une balle de calibre 12. Il s'agit du gardien de la paix Marc Wawrzyniak, vingt-neuf ans, marié et père d'un enfant.

Le meurtrier parvient à prendre la fuite à pieds. On retrouve dans la Lancia deux armes approvisionnées, des cartouches directement accessibles dans le vide-poche, et plusieurs objets volés. Identifié par le SRPJ de Reims, la cavale de Patrice Haenen, braqueur à la petite semaine de nationalité belge, ne dure que dix jours. Il est arrêté dans le 17ème arrondissement de Paris où il tentait de régler un commerçant avec une carte de crédit volée, et sous une fausse identité.

26 Octobre 1986. La cour d'assises de la Marne condamne Patrice Haenen à la réclusion criminelle dite à perpétuité. Mais en 2007, atteint de diabète, ce dernier bénéficie d'une libération anticipée pour "pronostic vital engagé" grâce à la loi Kouchner votée en 2002.

Sources :
Journal télévisé du 19/07/1983 - 13ème minute
Journal officiel du 20/07/1983, page, 2239, "Citation à l'ordre de la nation"
Archives Le Monde du 20/07/1983, "Un gardien de la paix tué à Reims"
Le blog de Fanny Borius, pigiste - voir lien

Jacques DEGUILHEM

1983 - Le gardien de la paix Jacques Deguilhem est fauché accidentellement alors qu'il poursuit deux malfaiteurs surpris en flagrant délit de vol à Toulouse.
Jeudi 14 Juillet 1983. Un équipage de police-secours est sollicité par un couple de personnes venant d'être agressées par deux individus dans le centre ville de Toulouse (Haute-Garonne). Pris en charge dans le fourgon, les policiers relèvent le signalement des auteurs et effectuent une ronde pour tenter de les retrouver. Quelques instants plus tard, deux jeunes hommes se présentent de leur propre fait au fourgon pour demander un renseignement, à savoir comment se rendre à l'hôpital militaire Larrey où ils viennent d'être affectés.

Les plaignants toujours présents reconnaissent immédiatement leurs agresseurs et inversement. Ces derniers prennent aussitôt la fuite, suivi de près par les policiers. Malheureusement pendant la poursuite à pieds, l'un des gardiens de la paix est fauché accidentellement par un véhicule. Souffrant d'un grave traumatisme crânien, le policier meurt des suites de ses blessures. Il s'agit du gardien de la paix Jacques Deguilhem.

L'enquête rapidement diligentée permet de retrouver les deux individus, identifiés au moyen du registre d'entrée et sortie du poste de garde de l'hôpital. La mort du policier n'a pu leur être directement imputée. (suites judiciaires inconnues)

Si vous êtes un proche de la victime, si vous détenez des informations susceptibles d'améliorer la qualité de ce récit, merci de prendre contact avec moi.

Emile GONDRY & Claude CAIOLA

1983 - Trois policiers sont abattus par des membres d'Action Directe dans le 9ème arrondissement de Paris.
Mardi 31 mai 1983. La France assiste à ce qu'elle définira plus tard comme "le plus bel après-midi du sport français" : Yannick Noah affronte Ivan Lendl en quart de finale de Roland Garros. Mais pour les policiers du 9ème arrondissement de Paris, cette journée prend une tournure bien plus dramatique.

Depuis plusieurs mois, le quartier Rochechouart est en proie à une série de cambriolages. Des policiers en tenue civile sont sensibilisés sur ce secteur à la recherche d'individus suspects.

Vers 14h30, ces derniers remarquent deux individus d'une trentaine d'années venant de quitter un hall d'immeuble. Tous deux transportent un sac en nylon semblant si lourd que les sangles sont tendues à l'extrême. Les suspects se retournent régulièrement comme pour vérifier qu'ils ne sont pas suivis, une attitude qui suffit d'intriguer les policiers, et lesquels s'organisent. Ils sont accompagnés d'une jeune stagiaire âgée de vingt-quatre ans, Dominique Le Liboux.

A l'angle de l'Avenue Trudaine et de la Rue Bochart de Saron, les gardiens de la paix Guy Adé et Claude Caïola se dirigent vers les deux individus porteurs des sacs, tandis que le brigadier Emile Gondry et Dominique Le Liboux se tiennent légèrement à distance. Tous ignorent que leur manœuvre a déjà été repérée par trois autres complices, et leurs vies vont très vite basculer.

Alors qu'ils sont sur le point de procéder à l'interpellation des suspects, l'un d'eux exhibe un pistolet 11,43 et tire à plusieurs reprises. Guy Adé est atteint à l'épaule et au bras tandis que Claude Caïola est exécuté froidement alors qu'il est à terre, grièvement blessé.

Dans le même temps, Emile Gondry est atteint d'une balle tirée en plein cœur par une complice. Dominique Le Liboux parvient à s'abriter derrière un véhicule en stationnement sous des tirs nourris. Les malfaiteurs prennent la fuite en tirant méthodiquement, et volent avec violences un véhicule Renault 5 conduit par Mme Fedain, cinquante ans. Ils disparaissent, direction porte de Charenton.



Vendredi 3 Juin 1983. Les obsèques officielles des deux policiers abattus sont célébrées dans la cour d'honneur de la Préfecture de police. Ces meurtres ont cependant déclenché une fronde policière et une profonde crise politique sur le thème de la sécurité.

Le Ministre de l'Intérieur Gaston Deferre est hué par des centaines de policiers en colère et le jour-même, une manifestation est improvisée par les syndicats de policiers en tenue et en civil jusqu'au Ministère de la Justice réclamant à corps et à cris la démission de Robert Badinter.

Le préfet de police de Paris, Jean Périer, présente sa démission et il a été mis fin aux fonctions du directeur général de la police nationale, Paul Cousseran. Un évènement sans précédent aussi retentissant.
Entré dans la police en 1957, le brigadier de police Émile Gondry, quarante-neuf ans, était marié et père de deux jeunes femmes : Françoise et Martine.

Dès l'âge de vingt ans, déjà doté d'un grand sens du devoir, il avait rejoint les sapeurs pompiers de Paris à la caserne de Champerret de 1954 à 1957.

Cité à l'ordre de la nation, chevalier de la Légion d'honneur, il reçoit la médaille d'or pour actes de courage et de dévouement, la médaille d'honneur de la Police Française ainsi que la grande médaille de vermeil de la ville de Paris.

Il est nommé Officier de paix à titre posthume et repose désormais au cimetière de Gonesse dans le Val d'Oise.

Sa fille Martine et sa petite-fille Emilie ont écrit chacune un texte poignant à son sujet à lire en bas de page.
Le gardien de la paix Claude Caiola avait 28 ans. Il laisse une femme enceinte de huit mois et un jeune enfant. Il est enterré au cimetière d'Aix en Provence (Bouches du Rhône).

Si vous êtes un proche de Claude Caiola,
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ENQUÊTE


Une information judiciaire est ouverte par le juge Jean-Louis Bruguière, lequel instruit aux motifs de : "homicides sur personnes dépositaires de l'autorité publique, tentatives d'homicides, vol aggravé et infraction à la législation sur les armes". Une trentaine de témoins sont entendus, et tous fournissent une description détaillée des truands. Dès le 4 Juin 1983, la Brigade criminelle diffuse trois portraits robots et les Renseignements Généraux activent leurs indicateurs.

L'enquête aboutit à six noms, dont quatre membres d'Action Directe : Mohand Hamami, 28 ans, Régis Schleicher, 26 ans, Claude et Nicolas Halfen, 23 et 20 ans ; ils étaient accompagnés de Franco Fiorina et Gloria Argano. Ces deux derniers sont des activistes des "communistes organisés pour la libération prolétarienne", réseau italien violent prônant la guérilla sociale, spécialisé dans le trafic d'armes et l'organisation d'évasions. Ce 31 Mai 1983, AD étroitement associée aux COLP organisait le "déménagement" d'un arsenal entreposé dans un appartement en l'absence de son propriétaire. Les sacs portés par Hamami et Fiorina étaient remplis d'armes.

Ces individus sont dénoncés par des lettres circonstanciées, envoyées au Juge Jean-Louis Bruguière en Octobre 1983, par la première repentie du groupuscule armé. Fatiguée de vivre dans la paranoïa, la peur du lendemain, celle qui signe ses lettres par son pseudonyme "Blond-Blond" se nomme Frédérique Germain. Elle n'est en fait que la petite amie de Claude Halfen. Le soir de la tuerie de l'Avenue Trudaine, c'est chez Frédérique que tout le monde se retrouve, avec pour seules consignes, se taire.

A deux cents mètres de la fusillade, dans une "cache" située au 4 Rue Manuel, la perquisition qui y est menée amène à la découverte d'empreintes, d'armes et de nombreux indices compromettants. En Octobre 1984, suite aux révélations de Frédérique Germain, AD transmet une "mise au point" à l'AFP : AD admet son implication dans la fusillade de l'Avenue Trudaine mais parle de "légitime défense".

On pouvait lire sur l'un des manifestes retrouvés sur place : « Sur des opérations armées, nous devons abattre tout flic qui par un acte de courage s'opposera à la liberté d'un combattant. L'histoire de la guerre entre le prolétariat et les mercenaires du capital démontre que les éliminer n'est qu'un acte de légitime défense collectif: Notre action est légitime, la leur n'est que légale. »

ÉPILOGUE


3 décembre 1986. S'ouvre à Paris le procès de Régis Schleicher et des frères Halfen pour la tuerie de l'avenue Trudaine. Dès le début de l'audience Schleicher menace les juges et les jurés en leur promettant les "rigueurs de la justice prolétarienne"et refuse par la suite de comparaître. La défection de cinq jurés entraîne le renvoi du procès.

13 Juin 1987. La cour d'assises spéciale de Paris condamne Régis Schleicher à la réclusion criminelle dite à perpétuité, il est néanmoins libéré sous conditions dès Juillet 2009. Nicolas Halfen écope de 10 ans de prison pour "association de malfaiteurs" et Claude Halfen est acquitté faute de preuves.

"Recrutée" en Mars 1982 Frédérique Germain est interpellée en Juin 1984. Elle remet des aveux complets et circonstanciers aux enquêteurs. Inculpée pour "association de malfaiteurs", sa collaboration lui permet de se voir dispensée de peine par le tribunal correctionnel de Paris en 1988.

7 juin 1990. La cour d'assises spéciale de Paris condamne par contumace à la réclusion criminelle dite à perpétuité Mohand Hamami. Toujours activement recherché, il est désigné comme étant le meurtrier du Gardien de la paix Claude Caiola. Sa trace se perd en Algérie dès l'été 1983, il s'y trouverait toujours...

17 Mars 1992. Le couple italien Franco Fiorina alias "Obélix" et Gloria Argano alias "Rita" est interpellé respectivement Septembre 1983 et Février 1984 en Italie dans le cadre d'opérations de police anti-terroristes. Fiorina est désigné comme l'auteur des tirs sur le gardien de la paix Adé. Argano est désignée comme l'auteure du tir mortel sur le brigadier Gondry. Ils sont condamnés en appel par la cour d'assises de Milan à la réclusion criminelle à perpétuité et sont toujours incarcérés à ce jour en Italie.

Dans un entretien du 22 Octobre 2005 accordé au journal Libération, Régis Schleicher déclarait au sujet de cette dramatique fusillade : «Deux hommes sont morts. Les seuls qui s'en souviennent sont leurs proches. Sans doute trop « anonymes », pas assez « nobles », pour que le système qui les mandatait s'en souciât deux décennies après. Un de mes camarades fut tué, dans des conditions assez voisines. Personne ne s'en est ému, sauf des proches. Dans ces deux cas, il s'agit de rencontres fortuites entre deux groupes de personnes armées, dont chacune, à tort ou à raison, pense qu'elle représente la légitimité et le (bon) droit. Lorsque les armes sortent, il n'est plus question de morale, de justice ou de quoique ce soit d'autre. Survit celui qui a les meilleurs réflexes, et une part de chance. C'est terrible, mais c'est ainsi.»



Un texte écrit par sa fille Martine.

Papa,


Mardi 31 Mai 1983, par une magnifique journée ensoleillée, paisible, trois hommes en civil sonnent à la porte de la maison, ils font face à maman, à Françoise, ta fille aînée, à leurs côtés, Sébastien, petit bonhomme de cinq ans, ton petit-fils, que tu adorais plus que tout, tu en serais très fier, il a repris le flambeau, il est brigadier-chef à Paris.

Maman et Françoise ont compris tout de suite, tu nous avais tellement préparées à cette éventualité même si tu te voulais rassurant, pauvre maman, qui, comme toujours est restée digne face à l’horreur de l’annonce de cette terrible nouvelle, qui figea nos vies, nos destinées.

Une balle de révolver de gros calibre venait de te sectionner l’aorte, de t’ôter la vie, de couper ce cordon qui nous unissait, maman, Françoise, moi et Sébastien, à l’idole de notre vie, à toi Papa. Car oui nous étions tes fans comme tant d’autres personnes.

Toi qui étais apprécié, nous avons reçu tant de lettres de soutien, de réconfort, tu aimais la vie, tu aimais les gens, tu aimais rire, tu étais très taquin, généreux, loyal. Tu étais aimant et aimé.

Tu exerçais ton métier avec passion, ténacité, sérieux. Tu étais un grand sportif mais également un artiste, tu as fait du théâtre, tu chantais merveilleusement bien, avec ta belle voix de ténor qui égayait chaque jour notre quotidien, je connaissais ton répertoire par cœur. Tu appréciais les jeunes, tu pratiquais le basket avec eux, une autre passion, tu étais à leur écoute, leur confident.

Je suis restée seule face à maman terrassée par la douleur, face à cette chaise vide qui n’attendait que toi, nous avons été très vite rattrapées par cette triste réalité, nous avons tout de suite réalisé que notre vie ne serait plus la même. J’ai porté maman à bout de bras, je l’ai choyée, réconfortée, je voulais qu’elle reprenne goût à la vie malgré tout, mais je n’étais pas toi.

Il y a eu la vie d’avant et la vie d’après. Je n’étais plus la même, je suis devenue une révoltée, et maman l’ombre d’elle-même, j’en voulais à la terre entière. Une partie de m’a vie s’en est allée, ce 31 mai, elle a suivi ton chemin.

Papa, je suis fière d’être ta fille, de porter ton nom, des valeurs que tu m’as inculquées. Fière de toi, de ta personnalité. Fière comme lorsque je marchais à tes côtés.

Désormais tu es là, tout au fond de mon cœur, à tout jamais, aux côtés de maman…
Emilie n'a pas connu son grand-père. Imprégnée par son histoire, elle a écrit le texte ci-dessous à sa mémoire.
 

Monsieur le président
Ce jour là avenue Trudaine, une fusillade a éclaté
D’un coté il y avait ce groupe de policiers
Et de l’autre, Action Directe, des fanatiques extrémistes
Qui n’ont pas hésité un seul instant à ouvrir le feu
Afin d’ôter la vie à ces hommes qui vivaient pour nous protéger
Ce jour-là plusieurs personnes ont été blessées

Ce jour-là deux hommes ont perdu la vie
Le premier a été horriblement torturé
Car c’est sur le trottoir, à coup de pied, qu’il s’est fait achever
Le deuxième, Emile, a été lâchement abattu par derrière
D’une seule et unique balle qui lui a transpercé le cœur
Monsieur le président

Ce jour là les ténèbres se sont abattues sur leurs deux familles
Sans compter leurs nombreux amis plongés dans la douleur
Ces gens ont laissé veuve une jeune maman enceinte jusqu’aux yeux
Et Emile a laissé deux filles détruites par cette tragédie
Ainsi qu’une veuve inconsolable qui a perdu tout goût à la vie
Toute cette douleur, tout ce sang, toutes ces larmes
Toute cette violence, mais au nom de quoi ?
Pour une poignée d’anarchistes, fous et dangereux?
Qui au nom d’une doctrine utopiste et fantaisiste
Ont semé la mort autours d’eux à de nombreuses reprises
Et ont fauché ce jour-là ces deux hommes

Monsieur le président
Il y a une chose qui plus que tout me révolte
C’est que tout ceci aurait dû être évité
Car votre prédécesseur, au nom de la grâce présidentielle
A ouvert par sympathie politique les verrous de leur prison
Où ils y étaient pourtant enfermés du fait de leur dangerosité
Monsieur le président
Ces deux hommes sont tombés victime de leur devoir avec courage
Mais après leurs funérailles officielles ils sont tombés dans l’oubli
Heureusement, leurs auteurs ont été punis
Mais vous refusez que soit érigée une plaque leur rendant hommage
Car d’après vous, en tant que policiers, ils avaient le droit de se faire tuer
Aujourd’hui le temps  passe, les années ont laissé place aux décennies
Mais croyez moi, dans le cœur de ces familles, cette blessure reste béante
Car ces gens, s’ils ne sont pas morts, sont désormais tous en liberté
Avec une chance de reconstruire leur vie
Alors que pour ces familles, l’histoire s’est arrêtée le 31 mai 1983
Et rien ne pourra jamais estomper leurs douleurs et leurs chagrins.

Emile, toi le policier tombé sous les balles
 Nous ne nous sommes jamais rencontré
Et pourtant nous sommes du même sang
Car tu avais raison, c’est ta fille cadette qui t’a donné une petite fille
De l’avis de tous tu étais un grand homme, alors ces quelques lignes sont pour toi
Pour que jamais personne n’oublie ton histoire.

Sources :
Entretien avec Martine Gondry
Journal officiel du 02/06/1983, pages 1669 et 1670, "Citations à l'ordre de la nation"
Libération, article de Dominique Simonnot du 22/10/2005 , "L'hypothèse que nous défendions a failli"
Le Nouvel Obs du 28/11/1986, pages 81 et 82, "Terrorisme, les tueurs sont-ils dans le box ?"
Le Nouvel Obs du 20/07/1984, pages 24 et 25, "Action Directe: le coup d'arrêt"
Paris Match du 17/06/1983, pages 90 à 102, "La révolte des flics"
Action Directe de Alain Hamon et Jean-Charles Marchand (éd. Seuil 1986)
La longue traque d'Action Directe par Roland Jacquard (éd. Albin Michel 1987)
Si ma Police vous était contée de Bernard Pasqualini (éd. Pygmalion 2013)
La mémoire du plomb par Karl Laske (éd. Stock  2012)

Jean-Paul DEVILLE, Michel VALLAT & Jacques COURALET

Samedi 1er Janvier 1983. Un épais brouillard recouvre la région parisienne et les températures chutent dans les valeurs négatives. Vers 4h30, les gardiens de la paix Jean-Paul Deville, Michel Vallat et Jacques Couralet quittent le Commissariat de Palaiseau (Essonne) pour prendre leur service à leur antenne de Boullay-lès-Troux et relever leurs collègues de l'unité cynophile.

A bord d'une Renault 18 banalisée, ils gagnent Gometz-la-Ville et empruntent la départementale 40. A l'entrée d'une courbe, le drame se produit : ils sont percutés accidentellement de front par une Peugeot 304 conduite par un jeune pâtissier de dix-huit ans en route vers son travail. Le choc est effroyable. Jean-Paul Deville meurt sur le coup tandis que ses collègues restent inconscients.

Il faut attendre qu'un autre équipage de retour de mission passe sur cette route isolée pour que l'alerte soit donnée. Transportés par la suite au centre hospitalier de Longjumeau, Michel Vallat et Jacques Couralet meurent des suites de leurs blessures dans la matinée.

Transporté à l'hôpital de Juvisy-sur-Orge, l'automobiliste à l'origine de l'accident devient le seul survivant du drame. Les obsèques solennelles des policiers ont lieu dans la cour d'honneur du Commissariat de police de Palaiseau en présence de hautes autorités nationales et départementales.

Originaire d'Igny (Essonne), le sous-brigadier Jean-Paul Deville, trente-neuf ans, était marié et père de deux enfants. En poste à Palaiseau depuis 1974, il est nommé Brigadier de police à titre posthume et reçoit la médaille d'honneur de la Police Nationale.

Originaire de La Rochelle (Charente-Maritime), le gardien de la paix stagiaire Michel Vallat, vingt-six ans, était père d'un enfant de dix-huit mois ; il laisse une épouse enceinte de sept mois. Entré dans la police en mars 1982, il était affecté au Commissariat de Palaiseau depuis le mois d'août. Il est nommé gardien de la paix titulaire à titre posthume et reçoit la médaille d'honneur de la Police Nationale. Il est inhumé au cimetière de Saint-Eloi, dans sa ville natale.

En poste depuis deux ans à Palaiseau, le gardien de la paix Jacques Couralet, était âgé de vingt-neuf. Aspirant de réserve, il est nommé Brigadier de police à titre posthume et reçoit la médaille d'honneur de la Police Nationale.

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Sources
Entretien avec Line Vallat

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