Alain DARRE, Dominique CAUX, René QUENTIN, Daniel GUIGUES, Patrick MARIE

1980 - Le gardien de la paix Daniel Guigues est l'un des cinq CRS secouristes de haute montagne à trouver la mort dans une avalanche dans les Hautes-Alpes.

Si vous êtes un proche de l'une des victimes, merci de me contacter.
Dimanche 28 Décembre 1980. Un détachement d'une douzaine de secouristes appartenant à la Compagnie républicaine de sécurité N°47 de Grenoble (Isère) a pour charge d'assurer la protection, l'acheminement du matériel et le bon déroulement des travaux d'une équipe de cinéastes en haute montagne.Il s'agit de trois travailleurs indépendants de l'émission "Les Carnets de l'Aventure" présentée par Didier Renier sur Antenne 2.

Renforcé par des secouristes des CRS de Perpignan, Lannemezan et Nice, le groupement est constitué de vingt agents placés sous les ordres du lieutenant Michel Barrère.

Ce jour-là, la météo est clémente, et l'équipe se trouve sur le site de la Cascade des Moulins près de la commune de La Grave (Hautes-Alpes). Une caravane de six agents se trouvent en cordée sur le plateau d'Emparis qui surplombe la cascade lorsqu'ils sont surpris par une avalanche de glace. L'aspirant guide Dominique Caux, vingt-sept ans, a tout juste le temps de prévenir les équipes qui suivent leur trace avant d'être emporté avec quatre autres agents : les gardiens de la paix Alain Darre, vingt-sept ans, Daniel Guigues, trente ans, René Quentin, vingt-trois ans et Patrick Marie, vingt-quatre ans. De cette caravane, seul le gardien de la paix Marc Galmard est retrouvé vivant.

Mercredi 30 Décembre 1980. Les obsèques officielles de ces cinq gardiens de la paix sont célébrées dans la cathédrale de Grenoble en présence de leurs épouses dans une atmosphère très douloureuse. Ce drame a remis en question l'utilisation des compagnies républicaines de sécurité dans l'escorte d'entreprises privées pour les activités de haute montagne.

Les sections des compagnies républicaines de sécurité affectées à la surveillance des massifs montagneux ont totalisé 2 515 interventions au cours de l'année 1980 selon le bulletin d'information du ministère de l'intérieur. Dans le même temps elles ont secouru 1 734 blessés, assisté 332 personnes en difficulté et retrouvé les corps de 55 victimes. Depuis 1953, 19 C.R.S. ont payé de leur vie de telles actions.

Sources :
Entretien avec Sylvie Foisel-Guigues 
Police Mobiles, "Le drame de la cascade des Moulins" (lien)
Journal télévisé du 28/12/1980
Le Monde, article du 30/12/1980, "Huit morts en montagne au cours du week-end"
Le Monde, article du 01/01/1981, "M. Chritian Bonnet a assisté aux obsèques des 5 CRS tués dans une avalanche"
Le Monde, article du 10/01/1981, "2515 interventions des CRS en montagne en 1980"

Roland LINCK

1980 - L'inspecteur divisionnaire Roland Linck est tué par un tir ami déclenché accidentellement au cours de l'interpellation de trois malfaiteurs à Paris.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter.
Mercredi 3 Décembre 1980. Trois malfaiteurs viennent de commettre un vol à main armée au préjudice d'une société de récupération des métaux à Bobigny (Seine-Saint-Denis), et regagnent la banlieue sud à bord de deux voitures avec un butin de 60.000 francs. Ils ne se doutent pas que deux équipes de policiers constitués de membres de la Brigade de recherche et d'intervention et de l'Office central pour la répression du banditisme les suivent discrètement.

Vers 12h10, ces derniers décident de procéder à leurs interpellations alors qu'ils se stationnent face au 177 de l'Avenue Vercingétorix dans le 14ème arrondissement de Paris.

L'un des suspects prend rapidement la fuite, mais il est rattrapé sans incident quelques instants plus tard. Il s'agit de Gabriel Vernier, trente-cinq ans. Ses deux complices se montrent quant à eux beaucoup plus virulents.

L'un d'eux, Marc Laimé, vingt-huit ans, dégoupille une grenade offensive qu'il laisse rouler au sol. Un inspecteur à le courage de la saisir et l'envoyer au dessus d'un mur SNCF, vers une voie déserte. Cependant le système de mise à feu est défectueux et n'explose pas.

Le troisième malfaiteur, Marc Fillali, trente ans, refuse catégoriquement d'être menotté et se débat vivement. Dans la bousculade, un coup de feu accidentel provenant de l'arme de l'un des inspecteurs part. Le projectile atteint au foie très grièvement un membre de la BRI, l'inspecteur divisionnaire Roland Linck, quarante-six ans, et le même projectile blesse à la jambe l'inspecteur Jean-Marc Maury, trente-six ans.

Immédiatement dirigé par le SAMU vers l'hôpital Boucicaut, Roland Linck décède moins de deux heures après le drame d'une blessure rendue inopérable. Originaire de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), Roland Linck était un membre très apprécié de l'antigang. Il était marié et père de deux enfants.

15 Décembre 1983. La cour d'assises de Paris condamne les trois gangsters, tous récidivistes, à des peines de huit à dix ans de prison pour "vol qualifié, association de malfaiteurs, détention et transport d'armes". 

Sources :
Journal télévisé du 03/12/1980 (voir à 20mn30)
Mémoires du commissaire Robert Broussard - Broché
Le Monde du 05/12/1980, "Un inspecteur divisionnaire de l'antigang tué accidentellement par un collègue"

Jean-Claude GATUINGT

1980 - Le gardien de la paix Jean-Claude Gatuingt est abattu par un détenu en cavale au cours d'un contrôle de débit de boissons.

Entré dans la police en 1971, il était marié et père de trois enfants.

Page réalisée avec l'aimable autorisation de son épouse Jacqueline.
Mardi 14 octobre 1980. Six policiers du commissariat de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) procèdent au contrôle de nuit du « Pélican » : un débit de boissons doté d'une très mauvaise réputation situé 34 Avenue du Capitaine Glarner.

Les policiers relèvent les identités des consommateurs présents, et l'un deux se poste à l'entrée pour filtrer le principal accès. A cet instant, ils ne se doutent pas que l'un des habitués des lieux se sait recherché, et qu'un drame va se produire.

Lorsque l'un des policiers se présente à sa table, il prétexte que ses papiers d'identité sont restés dans son imperméable. Or celui-ci est accroché à un porte-manteau se trouvant dans une petite pièce voutée, à leur proximité immédiate. L'individu s'y rend et a le choix entre quitter le bar par une petite porte non verrouillée, ou saisir un revolver cal. 6,35 qu'il dissimule dans une poche de son manteau.

Dépourvu de dignité, il ouvre le feu sur les policiers à dix reprises et sans discernement. Il atteint mortellement dans le dos le gardien de la paix Jean-Claude Gatuingt, trente-huit ans et blesse grièvement au ventre le gardien de la paix Alain Dourbecker, trente ans, et l'officier de paix supervisant l'opération : Jean-François Dalbin, vingt-quatre ans. Atteint à la colonne vertébrale, ce dernier ne remarchera plus jamais.

Les autres policiers présents ripostent ; sept coups de feu sont tirés. Neutralisé, le malfaiteur est atteint à l'épaule et à l'aine. Il s'agit de Jean-Michel Le Commandoux. Condamné le 30 juin 1978 à six ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Paris pour deux vols à main armée, il a pourtant bénéficié dès le 13 mai 1980 d'une permission de sortie. Il n'avait pas réintégré la centrale de Melun depuis.

Vendredi 17 Octobre 1980. Les obsèques officielles du gardien de la paix Jean-Claude Gatuingt ont lieu devant la Préfecture de Bobigny. Né le 14 janvier 1942 près de Lesperon dans les Landes, il était marié à Jacqueline et père de trois enfants : Frédéric, 13 ans et demi, Stéphane 10 ans et Elisabeth 7 ans.

Jacqueline explique : "Nous nous sommes connus en 1963 ; il a d'abord été receveur à la RATP (il faisait payer sur la plate-forme du bus) ; il roulait sur la ligne 80 que je prenais pour aller travailler de la Place Clichy jusqu'au Pont de l'Alma. Puis il est devenu "Machiniste", il conduisait les bus. Nous nous sommes mariés le 23 avril 1966 à Paris 17ème."

Puis "il est entré dans la Police par vocation en octobre 1971. Élève gardien de la paix au Centre d'application des personnels en uniforme de Vincennes, il est finalement affecté à Epinay-sur-Seine, puis Stains à la Brigade des Mineurs, pour finir à Saint-Ouen. Jean-Claude prenait son service à 23h30, comme chaque soir quand il était de service. Il partait de la maison pour 23h15, de chez nous au Commissariat de St Ouen, il en avait pour 5mn en voiture. Il était très strict sur ses horaires. Etant "Bécétiste" depuis avril 1979, il fonctionnait en qualité de brigadier depuis pratiquement une année. Il devait être nommé dans le grade au 1er janvier 1981 dans le 18ème arrondissement de Paris."

Vendredi 19 Novembre 1982. Le procès de " l'affaire du Pélican " s'est tenu aux assises de Bobigny (Seine-Saint-Denis) trois jours durant. Jean-Michel Le Commandoux est condamné à la peine maximale, dite "à perpétuité", assortie d'une mesure de sûreté de dix-huit ans.

En Février 2000, Jean-Michel Le Commandoux quitte la centrale de Clairvaux en toute discrétion ; il reste sous contrôle judiciaire durant neuf mois avant de retrouver complètement la liberté.

Sources :
Entretien avec Jacqueline Gatuingt
Le Monde du 19/11/1982, article de Michel Bole-Richard
Journal télévisé du 14/10/1980 - une du journal

Louis GODIN

1980 - Le brigadier Louis Godin est tué dans une fusillade déclenchée par trois malfaiteurs surpris en flagrant délit de vol à main armée. Il avait trente-quatre ans.

Originaire du Nord, Louis Godin était marié à Chantal et père de trois enfants : Bernard, Isabelle et Marilyse.

Entré dans la police à l'école de Sens, il rejoint une compagnie républicaine de sécurité et participe activement aux évènements de Mai 1968.

Affecté au commissariat de Waziers (Nord), il finit par muter à Rouen avec le grade de brigadier. Avant le drame, Louis Godin entreprenait de passer un concours interne pour devenir officier de paix... mais ne le deviendra qu'à titre posthume.

Décrit  comme un père aimant et bon époux, il laisse une famille anéantie. 

Si vous êtes proche de la victime,
merci de me contacter.
Mercredi 10 Septembre 1980. Des riverains inquiets signalent une violente dispute entre plusieurs personnes au Crédit du Nord, établissement bancaire située rue Jeanne D’Arc dans le centre-ville de Rouen (Seine-Maritime).

Il s'agit en fait de trois malfaiteurs qui viennent d'entrer de force, armes aux poings, par l'entrée réservée au personnel. Ils retiennent le directeur et huit employés dans l'attente de vider les coffres.

Lorsque l'équipage composé de trois gardiens de la paix arrive sur place, les truands sortent de la banque au même instant. Une intense fusillade éclate dans une lutte tout à fait inégale. Les malfaiteurs sont effectivement armés de pistolets automatiques type Browning et Beretta, et même d'une mitrailleuse de type Sten MKII de calibre 9mn.

Le brigadier Louis Godin est blessé mortellement à la tête. Le gardien de la paix Jean-Claude Poret est frappé par deux projectiles au bras. Le chauffeur du véhicule de police n'a que le temps de se mettre à couvert pour éviter la quinzaine de balles tirées dans leur direction. Les malfaiteurs parviendront à s'enfuir avec leur butin.



L'enquête aboutit à l'identification de trois ressortissants italiens. Martino Soci est interpellé par la police néerlandaise trois semaines après les faits dans le train qui l'emmenait d'Amsterdam vers Copenhague. C'est dans cette dernière ville qu'un complice Sergio Settimo est également arrêté. Quant à Andreino Fabris, il est interpellé en 1981 en Belgique.

En mars 1985, la cour d'assises de Seine-Maritime condamne Soci à la réclusion criminelle dite à perpétuité. Settimo, identifié comme étant l'auteur du coup de feu mortel, est extradé et condamné à perpétuité par la cour d'assises de Turin où d'autres vols qualifiés lui sont imputés. Fabris n'a jamais été jugé, il a été tué au cours d'une tentative d'évasion en Belgique en 1984.


Sources :
Entretien avec Pierre-Louis Collet, neveu.
Le Monde, article du 11/09/1980, "Un policier est tué au cours d'une tentative de hold-up à Rouen"
Journal télévisé du 10/09/1980 (reportage à 18mn35)

Jean-Michel JAMME & Bernard VIGNA

Contexte : A la fin des années 1970, Shapour Bakhtiar, dernier premier ministre du Chah d'Iran, organise le Mouvement national de la résistance iranienne pour lutter contre la mouvance islamiste radicale menée par l'ayatollah Khomeini, alors sur le point de renverser le régime. En septembre 1979, le tribunal islamique le condamne à mort, arguant que chacun peut exécuter le "jugement de Dieu" même hors du champ juridique. Bakhtiar se réfugie en France, et son domicile placé sous surveillance constante.
Vendredi 18 Juillet 1980. Quatre gardiens de la paix affectés à la Compagnie départementale d'intervention des Hauts de Seine sont chargés de garder et surveiller le domicile de Shapour Bakhtiar, dans les appartements de sa fille situés au 101 Boulevard Bineau à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Vers 8h30, trois prétendus journalistes de "l'Humanité" équipés du matériel équivoque et de fausses cartes de presse, débarquent d'une Peugeot 305 et engagent la discussion avec les deux policiers de faction à l'entrée de la résidence : Philippe Jourdain, vingt-cinq ans et Bernard Vigna, vingt-deux ans.

Victime de menaces depuis un an, Bakhtiar reçoit néanmoins des journalistes et des personnalités. Pure routine. Le gardien Vigna accompagne ces personnes jusqu'à l'entrée de la résidence et prévient par interphone ses deux collègues à l'étage : Georges Marty, et Jean-Michel Jamme, vingt-trois ans tous les deux.

Le seul journaliste qui s'exprime parfaitement en français prétexte une claustrophobie et indique qu'il préfère emprunter les escaliers. De là, les terroristes abandonnent leurs matériels de journalistes et sortent des pistolets Beretta munis de silencieux.

Pris d'un doute, le gardien de la paix Vigna les hèle à nouveau dans les escaliers car les visites ne commencent jamais avant 9h. Surpris dans leurs préparatifs, les terroristes ne laissent aucune chance au jeune policier qui les rejoint et l'exécutent froidement. Touché au larynx, aux poumons et à la colonne vertébrale, ils le laissent pour mort. Tout s'accélère. Les terroristes se ruent au quatrième étage ; ils tuent Jean-Michel Jamme et blesse grièvement Georges Marty à la tête.

Certainement désorientés, les tueurs sonnent chez la voisine de palier, Yvonne Stein, quarante-cinq ans. Elle est abattue sur le champ alors qu'elle ouvre. Viviane Stein, sa soeur âgée de trente-sept ans, est grièvement blessée au bras et au cou. Constatant leur erreur, les assassins s'en retournent cette fois-ci face à la bonne porte qui a la particularité d'être blindée. Incapables de pénétrer dans l'appartement, les terroristes subtilisent le pistolet mitrailleur des policiers et tirent à sept reprises dans la porte, en vain.
Le gardien de la paix Jean-Michel Jamme est abattu alors qu'il garde le domicile dans les étages.

Le gardien de la paix Bernard Vigna est frappé de plusieurs balles le jour de l'attentat. Il décède presque trente ans après les faits des suites de ses graves blessures, paralysé sur un fauteuil roulant.

Paris Match 1627 - 8/1980 - Philippe Jourdain
(à gauche) vient d'abattre l'un des terroristes.
C'est un passant qui prend la photo sur le vif.
Ces tirs et les appels au secours alertent inévitablement le gardien de la paix Philippe Jourdain, qui doit réaliser la gravité de la situation. Il se rend dans le hall de l'immeuble et constate avec horreur que son équipier agonise dans les escaliers. Il demande du renfort par son poste émetteur et reprend position à l'extérieur.

Les terroristes prennent la fuite et remarquent sa présence. Échange de coups de feu : Philippe Jourdain arme son pistolet mitrailleur au coup par coup et parvient à blesser l'un des agresseurs au bras et à l'abdomen, puis à tenir en respect les autres en tirant au sol.

Alerté par radio dans son véhicule de service, le commissaire principal Jean Reille en poste à Courbevoie se rue sur les lieux et parviennent à eux deux à figer la situation. Un autre équipage Police Secours arrive et constatant la mort ou les blessures de leurs collègues, les policiers ont bien du mal à contenir leur colère.

Confiés à la brigade antigang, ils sont embarqués à la brigade criminelle, au 36 Quai des Orfèvres, où ils se ils se montrent très prolixes. Deux autres membres du commando sont interpellés dans un appartement relais situé Rue Toullier, dans le 5ème arrondissement de Paris.

Le soir même, l'attentat est justifié sur Radio Téhéran par les Gardiens de la révolution islamique. L'instigateur de ce crime est Anis Naccache, 32 ans, libanais pro-iranien converti au chiisme maîtrisant parfaitement le français. Cet architecte ayant fréquenté la faculté de Beyrouth s'est engagé très tôt dans le combat politique pro-palestinien. Medhi Nejad Tabrizi, 23 ans, iranien et Fawzi Mohamed El Satari, 24 ans, palestinien, l'ont accompagné jusqu'au domicile de Bakhtiar. Salah Eddine El Kaara, 25 ans, libanais, et Mohammad Jawad Jenab, 25 ans, iranien, sont restés en extérieur pour couvrir l'opération.

10 Septembre 1980. Au Palais de L'Elysée, Valéry Giscard d'Estaing décore de la légion d'honneur le gardien de la paix Philippe Jourdain. Il est nommé brigadier de police à titre honoraire. L'allocution est disponible à la lecture ici.

10 Mars 1982. La cour d'assises des Hauts de Seine condamne quatre des terroristes à la réclusion criminelle à perpétuité, et à vingt ans pour Jenab. Cependant dans les rangs de la police, on se remémore l'attentat de 1978 qui a coûté la vie à l'inspecteur Jacques Capela, et on craint une nouvelle injustice. L'escalade du terrorisme en France au milieu des années 80 encouragera effectivement les négociations.

27 Juillet 1990. Tous les membres du commando d'Anis Naccache sont graciés par le président de la République française dans le cadre d’une négociation entre la France et l’Iran. Dans cette perspective, l'avocat d'Anis Naccache avait suggéré de dédommager à hauteur de 4 millions de francs les familles des victimes en échange de sa libération. La moitié de cette somme revenant au gardien de la paix Bernard Vigna. Ce dernier a refusé catégoriquement cet argent sale, selon ses propres déclarations.

15 Novembre 1990. Promu officier de paix à titre honoraire, Bernard Vigna est également promu dans l'ordre national du mérite, dix ans après les faits.

6 Août 1991. Shapour Bakhtiar est finalement assassiné à son domicile de Suresnes, égorgé avec une rare barbarie par un commando venu tout droit de Téhéran.

5 Février 2008. Après des années de souffrances physiques passées le plus souvent dans la solitude d'une cité HLM et dans son fauteuil roulant, Bernard Vigna s'éteint à son tour, des suites des blessures qu'il a reçu cette dramatique journée de l'été 1980. Il est alors âgé de 51 ans. Rendons hommage à ces hommes, qu'ils ne tombent pas dans l'oubli.


Sources et références :
Article Le Monde du 29/07/1990 - Dix années d'un poker menteur...
Moi Iranien espion de la CIA et du Mossad Par Djahanshah Bakhtiar

Henri HERVIEU

Crédit photo : Paris Match 1641 du 17/11/1980
1980 - Le gardien de la paix Henri Hervieu tombe dans un guet-apens dressé par une bande de malfaiteurs armés.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter.
Jeudi 17 Avril 1980. Deux policiers membres de la Compagnie républicaine de sécurité basée aux Abymes (Guadeloupe), regagnent leur cantonnement près de Marigot, chef-lieu de l'île de Saint-Martin (Antilles françaises) à bord d'un véhicule du service.

Soudain, un véhicule leur barre le chemin et trois individus les menacent avec des armes automatiques. Il s'agit d'un trio de malfaiteurs qui vient de commettre un braquage de banque avec prise d'otages. Ils réclament alors les armes des policiers.

Le gardien de la paix Henri Hervieu esquisse un geste de défense en portant la main à son arme. Il est abattu sur le champ d'une rafale de pistolet automatique. Dans le même temps son collègue parvient à prendre la fuite.

Les recherches menées par un groupement de gendarmes ne produiront aucun résultat.

Le gardien de la paix Henri Hervieu était entré dans la police en 1972. Détaché en Guadeloupe en 1975, il devait regagner la métropole au mois de juillet de cette même année. Il était marié et père d'un enfant.

Sources :
Le Monde, article du 19/04/1980, "Un CRS tué aux antilles par des malfaiteurs"
Le Monde, article du 21/04/1980, "Les meurtriers du CRS tué aux Antilles toujours en fuite"
Magazine Paris Match N°1641 du 19/11/1980, page 65,  "Huit policiers tués dans l'exercice de leur fonction"

Guy THOMAZIC & Alain BIDAULT

Dans la nuit du jeudi au vendredi 14 Mars 1980, deux inspecteurs de la Brigade de répression du banditisme de la Préfecture de police procèdent à la filature d'un véhicule avec une moto de forte cylindrée. Alors qu'ils atteignent la commune de Chailly-en-Bière (Seine-et-Marne), le dispositif mis en place tourne au drame : il fait nuit noire et les policiers roulent tous feux éteints pour éviter d'être repérés.

C'est dans ce contexte que leur moto entre en collision avec un autre véhicule. L'impact est violent et ne laisse aucune chance de survie aux inspecteurs Alain Bidault, trente ans, et Guy Thomazic, vingt-six ans. Leurs obsèques officielles ont lieu dans la Cour d'Honneur de la Préfecture de police en présence de Pierre Somveille, et de très nombreux membres des services actifs et administratifs.

Entré dans la police au terme de son service militaire, l'inspecteur de police Alain Bidault était marié à Fabienne et père d'un jeune garçon de deux ans. Nommé enquêteur le 16 Octobre 1971, il est d'abord affecté à Direction de la police judiciaire de Paris, officiant au commissariat central du quartier de la Madeleine. Présentant d’évidentes qualités professionnelles, il devait rejoindre la Brigade de répression du banditisme le 15 Février 1973. Il débute au groupe des vols à la tire, puis au groupe de voie publique de jour, et enfin dans le groupe de répression des délits nocturnes.

Entré également dans la police au terme de son service militaire, l'inspecteur principal Guy Thomazic obtenait son concours d'inspecteur de police le 6 Septembre 1976. Après sa période de formation, ses excellents résultats lui permettaient de rejoindre directement la Brigade de répression du banditisme le 3 Juin 1977, d'abord au groupe des vols à la tire puis au groupe de répression des crimes et délits nocturnes.
Guy Thomazic
Alain Bidault

Sources :
Entretien avec Fabienne et Mikaël Bidault
Entretien avec Jeanine Friboulet née Thomazic
Magazine Liaisons, Préfecture de police, numéros 245 à 255.

Philippe MAZIZ

Portrait paru sur le Paris Match 1641 du 07/11/1980
1980 - Le gardien de la paix Philippe Maziz est tué par méprise au cours d'une opération nocturne sur les hauteurs de Vallauris.
Dans la nuit du lundi au mardi 12 Février 1980, trois policiers de la brigade de surveillance de nuit d'Antibes (Alpes-Maritimes) quittent le commissariat central à bord d'une Renault 14 banalisée, indicatif "Café 18". Ils ont reçu pour instructions de patrouiller dans la zone pavillonnaire de Vallauris où les cambriolages se multiplient.

L'équipage est composé d'un inspecteur de la Sûreté Urbaine, Archange Angeletti et de deux gardiens de la paix, Jacques Romain et Philippe Maziz ; tous en tenues civiles ou panachées. Tandis que les deux premiers effectuent une ronde autour de plusieurs villas, le gardien Maziz reste seul au volant du véhicule, stationné chemin des Pertuades.

Vers 3h du matin, six policiers de la Brigade de recherche et d'intervention de Nice se rendent également chemin des Pertuades à bord de deux véhicules banalisés dans le cadre d'une grave affaire d'enlèvement et séquestration d'un homme d'affaires, Guy Pitoun. La rançon de 5 millions de francs demandée par les ravisseurs a pu être interceptée avec l'un d'eux à la frontière italienne par la BRI ; et leurs enquêteurs, qui travaillent nuit et jour depuis deux semaines, doivent vérifier les indications de l'individu interpellé, à savoir que l'otage serait retenu dans l'un des pavillons alentours.

Lorsque les hommes de la BRI remarquent la présence d'un homme semblant faire le guet dans une R14 au beau milieu de la nuit, à la proximité du pavillon qu'ils sont sur le point d'investir, ils sont persuadés qu'il s'agit de l'un des malfaiteurs. Ils décident de procéder à son interpellation.

Alors que la BRI s'approche et donne de brèves sommations, une fusillade éclate. Le gardien de la paix Philippe Maziz, vingt-quatre ans, est atteint mortellement à huit reprises alors qu'il tente de sortir du véhicule, arme à la main. Les hommes de la BRI découvrent avec consternation sous la gabardine du jeune homme un uniforme de policier. Quant au pavillon de Vallauris, c'est une fausse piste.

L'otage est finalement découvert le lendemain sain et sauf sur un chantier de la commune du Tignet ; la rançon est récupérée et les auteurs seront arrêtés. Mais l'affaire Pitoun est devenue désormais l'affaire Maziz et la presse parle de "guerre des polices". Le comble de l'horreur survient le jour de la St-Valentin : Annie Maziz, vingt-cinq ans, n'a pas supporté la mort de son époux dans des circonstances aussi tragiques que sujettes à d'importantes polémiques. Elle met fin à ses jours après avoir tué son fils Nicolas, 4 ans, à l'aide d'un pistolet.

Samedi 16 Février 1980. Les obsèques de la famille Maziz sont organisées à Souchez dans le Pas de Calais, d'où était originaire le gardien de la paix décédé. Il est nommé brigadier de police à titre posthume et décoré de la médaille d'or pour acte de courage et de dévouement. La famille se constitue partie civile et entame une longue procédure judiciaire.

Mardi 15 Mars 1983. La cour d'appel de Lyon confirme un non-lieu prononcé par la cour de cassation. Constituée partie civile avec le soutien du syndicat national des policiers en tenue la famille Maziz visait à rétablir l'honneur de ce dernier. "Le gardien de la paix Philippe Maziz a été tué en service par des policiers en état de légitime défense."

6 Septembre 1990. Une nouvelle plainte pour "faux en écriture" déposée un an plus tôt par la famille Maziz est rejetée. Cette dernière avançant l'hypothèse que la "confusion" serait née d'un premier coup de feu distinct provenant d'une arme individuelle d'un inspecteur de la BRI, en s'appuyant sur le rapport de synthèse d'un commissaire rédigé en Mars 1980 comme nouvel élément de preuve. Il était effectivement établi depuis le début que le gardien de la paix Maziz n'a jamais ouvert le feu.

Note : Le récit de cette affaire pouvant être source d'un débat conflictuel, merci d'en apprécier la neutralité, et de garder à l'esprit qu'il s'agit d'honorer la mémoire du défunt.

Sources:
Le Monde, article du 12/02/1991, "La mort occultée de Philippe Maziz, gardien de la paix"
 

Le Monde, article du 18/03/1983, "Non-lieu confirmé l'affaire Maziz"
Le Monde, article du 16/02/1980, "Les obsèques de la famille Maziz seront célébrées dans le Pas-de-Calais"
Le Monde, article du 13/02/1980, "Un gardien de la paix est tué par méprise par un de ses collègues"
"P... comme Police", pages 231-232-233-252, éditions Alain Moreau - 1983
Chroniques de Georges Moréas, La PJ de 1980 (2)
Journal télévisé du 12/02/1980 - à voir à 15:15

Hubert MASSOL

Crédit photo: Paris Match N° 1641 du 07/11/1980
1980 - Le gardien de la paix Hubert Massol est abattu au cours d'une opération de maintien de l'ordre en Corse, au terme de l'affaire "Bastelica-Fesch".

Originaire de Lédergues (Aveyron), Hubert Massol était âgé de vingt-sept ans, marié et père de trois enfants.

Entré au Centre Régional d'Instruction de la Police Nationale de Toulouse en Octobre 1973, il intégrait quatre mois plus tard la 52ème Compagnie républicaine de sécurité de Sancerre.

Il est finalement inhumé dans le petit cimetière des Vialettes, dans son Aveyron natal, par ses collègues de la CRS de Toulouse. Il est nommé brigadier de police à titre posthume, et cité à l'ordre de la nation.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de bien vouloir me contacter.
En Janvier 1980, Marcel Lorenzoni, nationaliste membre de l'Union du peuple corse (UPC), monte une opération contre des militants du Front d'action nouvelle contre l'indépendance et l'autonomie (Francia). Créée en 1977, Francia livrerait selon lui une guerre secrète, menée discrètement par le gouvernement contre les activistes autonomes corses pour mener des objectifs électoraux "franco-français". 

A Bastelica, il repère ainsi des membres de Francia qu'il suspecte de venir l'assassiner. Le 6 Janvier, une poignée de militants de l'UPC capture ainsi : Pierre Bertolini, cinquante-cinq ans, ex-inspecteur de la sécurité civile d'Ajaccio, Alain Olliel, trente-cinq ans, armurier, deux proches du Service de l'action civique ; et Yannick Léonelli, trente ans. Ce dernier est un militant nationaliste infiltré, proche de Lorenzoni. Le commando conduit manu militari leurs otages dans une bergerie pour les questionner, puis les emmènent à la mairie de Bastelica pour les dénoncer publiquement, par conférence de presse interposée.

Dès l'annonce de l'évènement, des nationalistes affluent et des barrages de police établissent un périmètre de sécurité étanche autour de Bastelica.

Craignant un étouffement de l'affaire, le commando et leurs prisonniers préfèrent fuir Bastelica, et se réfugient à l'Hôtel Fesch, situé dans le centre d'Ajaccio, à une centaine de mètre de la préfecture. Vingt-cinq clients y sont pris en otages à leur tour.

Mercredi 9 Janvier 1980. Le centre d'Ajaccio est quadrillé par les forces de police : trois escadrons de 85 hommes, dont un héliporté,  appuyés par le Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale dirigé par Christian Prouteau et plusieurs hommes de l'Office central pour la répression du banditisme. La présence massive de forces de l'ordre faisant opposition aux différents collectifs nationalistes corses locaux venus apporter leur soutien occasionne des échauffourées dans le périmètre de sécurisation établi par la CRS N°28 de Montauban et la CRS N°55 de Marseille, lesquelles mènent de nombreuses charges. On signale que des armes circulent parmi les "manifestants" toujours plus nombreux et séditieux.

La section du Lieutenant Francis Gauthier, de la CRS 28 se trouve à l’intersection des rues Cardinal Fesch et Dr Stéphanopoli lorsqu'elle entreprend de repousser lentement les émeutiers au delà de l'Hôtel Fesch et du parc automobile CRS victime de nombreux assauts.

Un couple de jeune gens se tient à distance de l'opération lorsque l'homme sort brusquement un pistolet automatique 9mn tire à cinq reprises à bout portant sur la section du Lieutenant Gauthier. L'indicatif radio "Turgot" transmet au groupement opérationnel "Tellier" "On vient de nous tirer dessus ! J'ai quatre gars au tapis par balles !" Ordre est donné par le Commandant Georges Bru de ne surtout pas riposter pour éviter un bain de sang.

Les gardiens de la paix Claude Gaston, Jean-Claude Rabat et Philippe Delsol sont très sérieusement touchés à la poitrine et aux jambes. Quant au gardien de la paix Hubert Massol, il est atteint mortellement à la poitrine. Son fils a fêté ses deux ans le jour-même.

L'émotion est vive dans les rangs de la CRS 28. La compagnie est relevée par la CRS 4 de Lagny, dépêchée en urgence. Vers 1h du matin, désavoué par l'UPC, Marcel Lorenzoni accepte finalement de se rendre au Capitaine Prouteau. Vers 2h, la quarantaine d'autonomistes quittent l'hôtel Fesch sous escorte policière pour gagner l'hôtel de ville, où ils remettent les armes qu'ils avaient toujours en leur possession. Au terme de la nuit, on comptait encore deux civils abattus sur deux barrages distincts tenus par les gendarmes mobiles.

Samedi 12 janvier 1980. Transférés à Paris, les trente-six autonomistes arrêtés à Ajaccio, après l'occupation de l'hôtel Fesch, sont inculpés de "participation à une bande armée" par M. Jean-Claude Thin, juge d'instruction à la Cour de sûreté de l'État, qui les a placés sous mandat de dépôt.

Lundi 14 Janvier 1980. Les obsèques d'Hubert Massol ont lieu à la cathédral de Montauban en présence du Ministre de l'intérieur Christian Bonnet. On ne retrouvera jamais son meurtrier.

Mercredi 11 Février 1981. La cour de sûreté de l'Etat, composée de cinq magistrats civils et militaires, condamne huit des principaux instigateurs de "l'affaire Bastelica-Fesch" : Marcel Lorenzoni, Dominique Bianchi et Paul Cortinchi à quatre ans d'emprisonnement ; Christian Lorenzoni et Gilbert Casanova à deux ans, Auguste-Marc Tirroloni à dix-huit mois, Lisu Fazi à un an et Michel Polini à un an dont deux mois avec sursis. Les autres participants, libres depuis, ont été condamnés à des peines aménagées.

Sources :
Journal officiel du 10/01/1980, page 79, "Citation à l'ordre de la nation"
Le Monde, article du 22/01/1980, "Une semaine sur une poudrière"
Le Monde, article du 15/01/1980, "Les 36 occupants de l'hotel Fesch ont été écroués"
Le Monde, article du 16/01/1980, "Le maudit voyage de la CRS 28"
Le Monde, article du 11/01/1980, "Un CRS et deux civils sont tués à Ajaccio"
Le Monde, article du 13/02/1981, "Quatre ans d'emprisonnement pour les principaux accusés..."
Un demi-siècle au service de la République, de Robert Pinaud - L'Harmattan (2013)
Archive vidéo de l'I.N.A du 10/01/1980, "Affrontements entre CRS et manifestants à Ajaccio"
La Dépêche du 11/12/2009, "La CRS 28 se retourne sur son histoire"

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