Jacques CAPELA

source : France Soir
1978 - L'inspecteur principal Jacques Capela est abattu dans une fusillade déclenchée par un service de sécurité irakien au terme d'une prise d'otages à l'ambassade d'Irak.

Originaire de Quillan (Aude), il était marié à Marie-Françoise et fêtait les deux ans de son fils Bastien, lorsqu'il prît la décision de rejoindre ses coéquipiers sur les lieux de la prise d'otages.

Cité à l'ordre de la nation, il est nommé inspecteur divisionnaire à titre posthume. Il avait 33 ans.
A la fin des années 70, deux tendances de soutien à la révolution palestinienne s'opposent. D'un côté, l'Organisation de Libération de la Palestine dirigée par Yasser Arafat est une mouvance modérée soutenue par la Syrie qui tend à négocier avec Israël. De l'autre, le Fatah-Conseil révolutionnaire -cission du Fatah libanais dirigé par Abou Nidal- est une mouvance très radicale soutenue par l'Irak. Le conflit qui les divise au point de s'entretuer s'exporte à travers le monde.

En l'espace de cinq ans, cinq délégués de l'OLP sont effectivement assassinés : à Londres, à Paris, au Koweit... les services secrets irakiens sont accusés par l'OLP et des représailles sont opérées de façon non officielles.

Lundi 31 juillet 1978. Deux terroristes proches de l'OLP s'introduisent dans l'ambassade d'Irak située rue de la Faisanderie dans le 16ème arrondissement de Paris. Une grenade offensive est utilisée et plusieurs tirs de fusils d'assaut retentissent. Neuf membres du personnel sont pris en otage alors que l'ambassadeur Mundhir Tawfik Al Wandawi est en déplacement à l’Élysée avec son service de sécurité. L'opération est d'ores et déjà un échec.

Avant que les policiers de la Brigade Criminelle assistés de l'Antigang (BRI) n'arrivent sur les lieux, l'un des preneurs d'otages s'enfuit laissant seul son complice toujours armé d'une mitraillette. Vers 18h30, la BRI investit les lieux. Au prix de longues négociations, Hosni Haj Eid Walid, vingt-cinq ans, est interpellé. Le contexte est tendu car le bâtiment se trouve sous juridiction irakienne.

Mais le terroriste craint sérieusement les représailles du service de sécurité irakien et demande un gilet pare-balle. Dans le centre culturel faisant face à l'ambassade, les agents en question demeurent effectivement tendus et l'ambassadeur lui-même arbore un Browning GP35 à la ceinture. Néanmoins confiants, les policiers assurent le preneur d'otages de leur protection rapprochée et lui font comprendre qu'en France, les exécutions de ce type n'ont pas cours.

La Renault 16 banalisée des policiers se positionne face à l'entrée, côté rue Général-Appert et le preneur d'otage est emmené, encadré par les inspecteurs Jacques Capela et Roland Ségear de la Brigade criminelle.

L'impensable se produit alors... Le service de sécurité irakien ouvre le feu sans distinction depuis les fenêtres du centre culturel et la rue sur le groupe de policiers et le palestinien.

Les inspecteurs François Antona et Roland Ségear sont grièvement blessés, quant à l'inspecteur principal Jacques Capela, il est atteint mortellement de plusieurs balles et s'effondre. Un agent irakien est abattu par un policier de la Brigade anti criminalité. La situation est effervescente, l'incident diplomatique sans précédent.

Pour le commissaire Robert Broussard, il ne fait aucun doute que les irakiens voulaient châtier le preneur d'otage à n'importe quel prix et ont feint aux négociations ! Presque  immédiatement, les trois irakiens membres de la garde rapprochée de l’ambassadeur font valoir leur immunité diplomatique.

Journal télévisé du 01/08/1978 : Images de la fusillade, fronde au siège de la police judiciaire.

Mercredi 2 Août 1978 - Les trois agents irakiens impliqués, pris les armes à la main, font aussitôt valoir leur immunité diplomatique et retournent à Bagdad par avion. Il s'agit du premier secrétaire Ibrahim Al Sigab, de Khalil Al Windawi et de Aboul Natik. L'ambassadeur est expulsé. Dans les rangs de la Police, c'est la révolte, un écœurement sans nom.

Journal télévisé du 02/08/1978 : Images de l'expulsion manu-militari des trois diplomates irakiens.

Jeudi 3 Août 1978 - La levée de corps de l'inspecteur Jacques Capela a lieu dans l'enceinte de la cour d'honneur de la Préfecture de police, cérémonie présidée par Christian Bonnet, ministre de l'intérieur.

Originaire de Quillan (Aude), l'inspecteur principal Jacques Capela, trente-trois ans, était marié à Mme Marie-Françoise Sainpon, institutrice âgée de trente ans, et fêtait les deux ans de son fils Bastien, lorsqu'il prît la décision de rejoindre ses coéquipiers sur les lieux de la prise d'otages. Cité à l'ordre de la nation, il est nommé inspecteur divisionnaire à titre posthume.

17 Octobre 1978 - A Bagdad, Saddam Hussein, vice-président du Conseil du commandement de la révolution irakienne annonce que la police irakienne a décidé d'indemniser la famille de l'inspecteur Capela "pour panser certaines blessures". Deux jours plus tard, le représentant du gouvernement irakien est éconduit du ministère de l'intérieur avec un " attaché-case " rempli de 200 000 dinars (277 000 Francs).

28 Mars 1980 - Hosni Haj Eid Walid est condamné par la Cour d'assises de Paris à huit ans de réclusion criminelle. Mais dès janvier 1983, il est libéré à son tour sans condition et expulsé. La veuve de Jacques Capela continue toujours de se battre pour que les meurtriers de son mari soient traduits devant les tribunaux.

3 Mars 2009 - La salle de crise de la Police Judiciaire du 36 Quai des Orfèvres portent officiellement le nom de Jacques Capela : un symbole très fort.


Sources et références :
Journal officiel du 02/08/1978, page 2972, "Citation à l'ordre de la nation"
Le Nouvel Obs, article du 05/08/1978 - "Les intouchables"
Mémoires de Robert Broussard - éd. Broché - 2005
Dossier P... comme Police de Alain Hamon et J-C Marchand - 1983

Michel DUGELAY

1978 - Le Brigadier Michel Dugelay est victime d'un accident mortel de la route alors qu'il poursuit un véhicule à Paris.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter.
Dans la nuit du jeudi au vendredi 9 Juin 1978, trois policiers de la compagnie motocycliste de la préfecture de police de Paris prennent en chasse un véhicule qui vient de forcer un barrage.

Mais un drame se produit à l'angle du carrefour de l'Odéon et du boulevard Saint-Germain dans le 6ème arrondissement de Paris. Le gardien de la paix Michel Dugelay, trente-deux ans, est fauché par un taxi lorsqu'il franchit l'intersection. Transporté dans un état grave à l'hôpital Cochin, il décède le matin même. Il était marié et père de deux enfants.

Le véhicule poursuivi et son conducteur ne seront jamais retrouvés. (suites judiciaires ignorées pour le chauffeur du taxi)

Sources :
Le Monde, article du 10/06/1978, "Un policier est tué en poursuivant une voiture"

Raymond THIBERT & Paul JEAN

1978 - Le brigadier-chef Raymond Thibert trouve la mort dans une fusillade avec des terroristes alors qu'il sécurise l'aéroport d'Orly, cible d'attentats dans un contexte international très tendu.

Si vous êtes un proche du birgadier-chef Paul Jean, merci de me contacter.
Contexte : En Janvier 1975, deux attentats fomentés par le terroriste Carlos au nom du Front populaire de libération de la Palestine ont lieu coup sur coup à l'aéroport d'Orly. Des détachements de Compagnies républicaines de sécurité sont donc déployées en renfort de la police aux frontières pour sécuriser le site, et plus particulièrement les zones d'embarquements réservées aux vols reliant Israël.

En 1978, Les "Fils du sud Liban", organisation terroriste pro-palestinienne, voit le jour alors que les bombardements et les affrontements entre israéliens et palestiniens au Liban s'intensifient. Le 17 Mars, dans des combats menés conjointement avec des parachutistes français, le village d'Abassieh subit d'importants dégâts et près de deux cents personnes trouvent la mort. En représailles, l'organisation fomente un attentat sur le sol français à Orly qu'elle baptise "opération Abassieh".

Samedi 20 mai 1978. Trois terroristes munis de faux passeports tunisiens rejoignent le comptoir de la compagnie israélienne "EL AL" située dans l'aérogare sud de l'aéroport d'Orly (Val de Marne). Ils viennent de passer le premier point de contrôle et se trouvent désormais en zone internationale. Il est 15h30.

Porteurs de sacs remplis de grenades et de pistolets mitrailleurs, ils ciblent le Vol 324 pour Tel Aviv et les nombreux passagers israéliens qui patientent en salle 30. Mais cette zone qui a déjà subi deux attentats en Janvier 1975 est considérée comme très sensible, et fait l'objet d'un dispositif policier renforcé.

Six gardiens de la paix de la Compagnie républicaine de sécurité N°31 - Darnétal (Seine-Maritime), sous la responsabilité du brigadier-chef Paul Jean, sont chargés d'encadrer l'arrivée des passagers au sol. Trois policiers restent sur le tarmac près de l'avion tandis que les autres regagnent la salle d'embarquement N° 30 pour acheminer les nouveaux passagers.

En Salle 30, d'autres policiers de la Compagnie républicaine de sécurité N°40 - Plombières-les-Dijon (Côte-d'Or) ont pour charge de procéder à la fouille des passagers et de leurs bagages. Le brigadier-chef Raymond Thibert est responsable de l'opération. Avertis par un agent du service de sécurité israélien de la manœuvre douteuse des trois suspects, tous s'observent désormais d'un regard inquiet. Tout se joue à cet instant.

Les suspects s'écartent les uns des autres lentement et exhibent brusquement des pistolets mitrailleurs de marque Beretta. Une longue fusillade particulièrement violente et nourrie éclate. Le brigadier-chef Paul Jean est cisaillé par une rafale et le brigadier-chef Raymond Thibert est atteint par huit projectiles après avoir riposté par deux tirs.

Les policiers ripostent avec leurs armes individuelles évitant ainsi que des balles n'atteignent accidentellement des passagers ; cependant trois d'entre eux seront blessés. Alors que deux des terroristes ont été neutralisés, le dernier se retranche vers les cabines de fouille d'où il expédie de brèves rafales de pistolet mitrailleur.

A cet instant, le gardien de la paix Primauguet qui a vidé son chargeur ainsi que celui qu'il a récupéré sur le malheureux brigadier-chef Thibert tente un coup risqué. Il saisit l'arme automatique de l'un des terroristes abattus et applique plusieurs tirs en rafale. Avec le concours d'un gardien de la paix de la police aux frontières, ils parviennent à figer la situation et à neutraliser le dernier assaillant.

Les trois terroristes abattus, l'aéroport est rapidement bouclé par un important dispositif policier. La Compagnie républicaine de sécurité N°3 - Quincy-sous-Sénart (Essonne) arrive la première sur les lieux. On craint qu'un quatrième terroriste ne se soit dissimulé dans l'aérogare. Mais cette hypothèse est finalement écartée au terme de minutieuses et longues recherches.

On relève les identités supposées des terroristes : Tahar Ourgmi, dix-neuf ans, Mohamed Ben Mustapha Nasr, vingt-sept ans, et Mahmoud Awada, vingt-trois ans. Ce dernier est formellement identifié par la brigade criminelle comme ressortissant libanais.

Mercredi 24 Mai 1978. Les obsèques officielles du brigadier-chef Paul Jean sont célébrées dans la cour d'honneur du Ministère de l'intérieur à Paris. Âgé de cinquante-cinq ans, il était marié et père de quatre enfants. Cité à l'ordre de la nation, il est nommé Officier de paix principal au 2ème échelon à titre posthume.

Jeudi 25 Mai 1978. Le brigadier-chef Raymond Thibert est emporté par une embolie pulmonaire à l’hôpital Paul Brousse de Villejuif (Val de Marne). Âgé de quarante-neuf ans, il était marié et père de six enfants. Ses obsèques officielles ont également lieue quatre jours plus tard à Paris. Cité à l'ordre de la nation, il est nommé Officier de paix au 8ème échelon à titre posthume. Il repose au cimetière de Boncourt-le-Bois (Côte d'Or).

Sources :
Entretien avec Michel Thibert (fils)
Journal télévisé du 20/05/1978
Journal officiel du 24/05/1978, page 2171, "Citation à l'ordre de la nation"
Journal officiel du 27/05/1978, page 2199, "Citation à l'ordre de la nation"
Le Monde, article du 23/05/1978, "Une opération suicide ?"
Le Monde, article du 25/05/1978, "Félicitations israéliennes à la police française"
Le Monde, article du 27/05/1978, "L'attentat d'Orly : décès d'un deuxième C.R.S."
Amicale des policiers CRS de Bourgogne Franche-Comté 
Archives de l'assemblée nationale, questions du 12/08/1978, page 4559.
The Jewish Times du 25/05/1978, page 1, "French view Orly attack as a declaration of war"

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