Jean DELAUNAY

Mercredi 17 Décembre 1975. Le gardien de la paix Jean Delaunay de la section montagne de la Compagnie républicaine de sécurité N°58 basée à Perpignan (Pyrénées-Orientales) est victime d'une avalanche alors qu'il se trouve dans le secteur du Pas-de-la-Case.

Je recherche d'avantage d'informations sur cet évènement et sur Jean Delaunay. Si vous êtes un proche de la victime ou si vous l'avez connu, merci de me contacter pour établir avec votre accord une page dédiée plus appropriée.

André SERRES

Vendredi 31 Octobre 1975. Un équipage police-secours se transporte dans la soirée sur les lieux d'un accident de la route sur la commune de l'Isle-Adam (Val d'Oise) à une intersection dangereuse dépourvue d'arrêt obligatoire. Alors que les policiers procèdent aux constations d'usage en compagnie de gendarmes venus en renfort sur la circonscription, un sur-accident se produit.

Sans doute gênés par les véhicules qui étaient entrés en collision à un carrefour dépourvu de stop, deux conducteurs de véhicules se percutent en montant sur le trottoir en venant faucher un policier et un gendarme qui étaient en train de procéder au constat de l'accident.

Le gardien de la paix André Serres, domicilié à Champagne-sur-Oise, est tué et le gendarme Yves Watblet est grièvement blessé.

Sources
Le Monde, article du 03/11/1975, "Un gardien de la paix est tué dans un accident de la circulation"
Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter. 

Serge CASSARD

1975 - Le brigadier Serge Cassard est abattu par un tireur de précision alors qu'il assure un maintien de l'ordre au cours d'une nuit bleue à Bastia. Il avait 30 ans, était marié et père d'un enfant.
Dans la nuit du 21 au 22 août 1975 près d'Aléria (Haute-Corse), Edmond Siméoni, militant politique nationaliste local, prend la tête d'un commando de douze hommes armés de fusils et dynamite la cave viticole Henri Depeille. Il s'agit d'une importante entreprise d'origine "pied-noire" qu'il accuse d'escroquerie, et dont les méfaits menaceraient de ruiner des centaines de petits viticulteurs locaux.

Ces hommes se réclamant de l'Action Régionaliste Corse (ARC) décident de transformer les lieux en place forte afin d'alerter l'opinion publique sur le déclin viticole, et dénoncer la main mise "pied noire" sur les terres agricoles corses.

Les gendarmes mobiles qui sont dépêchés à Aléria font face à des hommes déterminés qui refusent de libérer les lieux. L'assaut est donné au petit matin par des centaines de gendarmes, renforcés par des véhicules blindés légers. Cet assaut se sanctionne par deux morts parmi les gendarmes mobiles. C'est la première action violente et spectaculaire cette mouvance autonomiste.

Mercredi 27 Août 1975. L'ARC est dissoute lors du conseil des ministres. Une décision qui entraine immédiatement une nuit d'émeutes en Corse : Bastia est en état de siège. C'est dans ce contexte que la Compagnie Républicaine de Sécurité N°46 - Ste-Foy-lès-Lyon (Rhône) est déployée sur la Place St-Nicolas pour assurer la protection de la sous-préfecture.

Jeudi 28 Août 1975. Serge Cacciari, vingt trois ans, agent d'assurances le jour, militant nationaliste la nuit, stationne sa CX-2000 près de la Place et sort du coffre une Winchester .30-30, équipée de sa lunette capable de tirer avec précision jusqu'à deux kilomètres. Il prend position. Plusieurs coups de feu sont tirés. Il est 2h50.

Dans le même temps, le brigadier de police Serge Cassard, trente ans, déploie un fusil lance-grenade qu'il vient de recharger et se positionne près d'un abri bus. Alors qu'il s'en décale, il est frappé mortellement au sternum par un projectile de calibre .30-30.

Comme le montrent les images ci-dessous, la situation devient encore plus chaotique. Plusieurs tireurs embusqués sont repérés autour de la sous-préfecture. On relève dix-sept hommes de la CRS 46 blessés par des tirs dont trois grièvement : les gardiens de la paix Jean Montage, Christian Chalard et Jean-Claude Zelan.
1975 - Le brigadier Serge Cassard est abattu par un tireur de précision alors qu'il assure un maintien de l'ordre au cours d'une nuit bleue à Bastia. Âgé de 30 ans, il était marié avec Sandra et père d'une petite Sonia alors âgée de dix-huit mois.

Originaire du Doubs, Serge Cassard est entré à l’école de police de Sens en 1966. D'abord affecté à la CRS N°44 à Joigny (Yonne), il est muté en 1967 à la CRS N°6 à St-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes).

Il obtient son grade de brigadier de police le 27 juillet 1973 et rejoint par la même la CRS N°46 à Sainte-Foy-Lès-Lyon (Rhône).
Titre du Parisien Libéré N°9619


Ordre est donné par le Commandant Michel Belin d'organiser une lourde riposte : il fait détruire l'éclairage urbain pour éviter que ses hommes restent à découvert sur la place. Puis il ordonne d'ouvrir le feu sur des groupes de tireurs embusqués mais bien localisés. Cette riposte est immédiatement dissuasive.

Dans la matinée, le témoignage d'un habitant de Bastia indique aux policiers le numéro de la plaque d'immatriculation du véhicule duquel il a vu sortir un individu avec un fusil. Des douilles sont récupérées sur le trottoir. Les enquêteurs se rendent logiquement au domicile du propriétaire de la CX, Serge Cacciari, et découvrent dans un placard la fameuse Winchester. L'expertise de l'arme est formelle : elle est reliée directement au meurtre du brigadier.

Samedi 10 juillet 1976. La Cour de Sûreté de l’État condamne Serge Cacciari à dix ans de réclusion criminelle. Ce dernier reconnait avoir tiré des coups de feu "le plus souvent" en l'air dans la nuit du 27 au 28 août 1975, mais déchargera la responsabilité du meurtre à un soit disant inconnu a qui il aurait prêté le fusil dix minutes. Celui-ci aurait déclaré "Je crois que j'en ai eu un".

Mardi 21 Juillet 1981. Serge Cacciari est libéré sous condition à l'occasion des nouvelles lois d'amnistie promises par le fraichement élu Président de la République François Mitterrand malgré une forte opposition des syndicats de police. Il décèdera en 2009.


Sources et références : 
Un demi-siècle au service de la République de  Robert Pinaud - L'Harmattan (2013)
Le Monde du 07/07/1976, "Une Winchester dans la nuit chaude de Bastia"
Le Monde du 12/07/1976, "La cour de sûreté de l'état condamne Serge Cacciari à dix ans de réclusion criminelle"
Le Monde du 02/09/1975, "La balle a été tirée par une carabine saisie chez un suspect"
Le Monde du 01/09/1975, "Arrestation du meurtrier présumé du brigadier Cassard"
Hommage au brigadier Cassard, société lyonnaise d'histoire de la police www.slhp-raa.fr

Jacques POTTIER

1975 - L'inspecteur Jacques Pottier est abattu au cours d'une opération visant à interpeller une bande de malfaiteurs originaires de la banlieue sud parisienne.

Survenue dans des conditions lamentables, sa mort est directement à l'origine de la création du brassard de police la même année.

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Durant l'été 1975, la 4ème brigade territoriale de la Préfecture de Police obtient d'un informateur qu'une association de malfaiteurs originaire de Montrouge convoite le braquage d'une bijouterie située rue de la Brèche-aux-Loups dans le 12ème arrondissement de Paris.

Le jour de l'opération, par souci de moyens matériels et humains, la brigade demande l'assistance de la Brigade de Recherche et d'Intervention et organise un dispositif commun avec pour objectif d’interpeller en flagrant délit les gredins après leur méfait, toujours en possession du butin.

Mercredi 23 juillet 1975. Depuis 14h, le dispositif est prêt : sept inspecteurs de l'antigang et huit autres de la territoriale sont en position d'attente dans des véhicules radio banalisés. Les malfaiteurs viennent de laisser une Renault 16 réservée à leur fuite dans la Rue de Valmy, une voie déserte de Charenton-le-Pont (Val de Marne). Vers 18h, quatre braqueurs juchés sur deux motos Honda 125 volées surgissent. Un duo neutralise la circulation tandis que l'autre se rue vers la bijouterie, que les gérants sont en train de fermer.

Thierry Pallard, dix-huit ans, employé d'imprimerie originaire du 14ème arrondissement, et Kamal Tadjine, vingt ans, employé aux usines Renault originaire de Montrouge, se révèlent être de piètres amateurs impulsifs.

Pallard s'empare de la sacoche tenue par l'épouse du bijoutier, Mme Danièle Mellah. Mr Elie Mellah, trente-neuf ans, qui se trouve à ses côtés, ignore complètement l'opération de police en cours. Un drame se produit alors que ce dernier ne se laisse pas intimider et résiste... Il est abattu sommairement par Tadjine. Les truands prennent aussitôt la fuite avec un butin de 10.000 francs et gagnent la rue de Valmy pour récupérer leur voiture relais.

Mais le groupe de l'inspecteur Jacques Pottier est déjà sur place avec pour objectif de stopper la R16 par l'avant ; armes à la main ils progressent vers le véhicule. Ces policiers ne savent pas qu'une seconde équipe de l'antigang est venue en renfort à la hâte, en sus du dispositif initial. Du côté opposé, ces derniers ne reconnaissent de fait pas leurs collègues de la territoriale qui courent arme à la main dans leur direction. A cet instant précis, tous les policiers sont habillés en civil, déconcertés par leurs moyens radios à ondes courtes.

Un inspecteur de l'antigang met en joue l'inspecteur Pottier et lui somme de jeter son arme. Ce dernier marque l'hésitation,... il est abattu. Tadjine et Pallard sont interpellés avec le butin, mais l'opération apparaît comme un échec consternant et la presse s'empare du scandale en évoquant une guerre des polices. La "fusillade de Charenton" provoque inévitablement des remous et prises de positions au sein de l'administration.

Lundi 28 Juillet 1975. Les obsèques officielles de l'inspecteur Jacques Pottier, vingt-six ans, ont lieu dans la cour d'honneur de la préfecture de police. Cité à l'ordre de la nation, il est nommé inspecteur divisionnaire à titre posthume.

Malgré tout, l'enquête doit progresser et trois autres malfrats sont identifiés et écroués : Mossadeque Sadaoui, Gilbert Rogelet et Mohamed Makouf. Concernant la mort de l'inspecteur Pottier, une information judiciaire est ouverte contre X pour "coups mortels ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et confiée au juge d'instruction Guy-Louis Pia.

Création du brassard de police à la suite du drame de Charenton.

Après un entretien avec Louis Verger, directeur général de la police nationale, et Jean Paolini, préfet de police, venus rendre compte des circonstances de la fusillade de Charenton, Michel Poniatowski, ministre de l'intérieur, prononce l'allocution suivante :

• Les policiers en civil porteront des signes distinctifs à l'occasion des opérations dangereuses, afin, indique le ministère, " d'être reconnus par leurs collègues ou par les citoyens ".
• Des crédits seront prochainement alloués pour le développement des moyens de transmission de la police pour que des équipes d'intervention différentes sur une même affaire " puissent mieux communiquer entre elles " et que le commandement " soit rendu plus efficace ". Un service particulier sera créé à cet effet.

Lundi 11 Aout 1975. Des brassards de couleur rouge orange et luminescents sur lesquels est inscrit en lettres noires le mot " police " sont distribués aux policiers des brigades centrales et territoriales, ainsi qu'aux unités de la police municipale, qui devront les porter au moment de leurs interventions sur la voie publique.

Mardi 25 Octobre 1977. La cour d'assises de Paris condamne Kamal Tadjine à quinze ans de réclusion criminelle pour le meurtre du bijoutier. Dix ans pour Mohamed Makouf. Huit ans pour Mossadeque Sadaoui et Gilbert Rogelet. Six ans pour Thierry Pallard. Les circonstances particulières du braquage n'ont pas retenu l'attention des jurés, et les peines prononcées ont été plus sévères que celles requises par l'avocat général.


Références :
Le 36, quai des Orfèvres: à la croisée de l'histoire et du fait-divers, de Clovis Bienvenu - 2015
50 ans de lutte contre le crime de Matthieu Frachon - 2014
Commissaire Broussard, mémoires - 2005
Dossier P,... comme police - de Alain Hamond et Jean-Charles Marchand - 1983
Le Monde, article du 27/10/1977, "Six à quinze ans de réclusion pour les cambrioleurs de Charenton"
Le Monde, article du 26/10/1977, "La méprise de Charenton aux assises de Paris"
Le Monde, article du 12/08/1975, "Signes distinctifs pour les hommes en civil et améliorations des moyens de communication"
Le Monde, article du 09/08/1975, "Tadjine soutient qu'il a blessé mortellement M. Mallah par accident"
Le Monde, article du 01/08/1975, "Les membres de la brigade antigang étaient-ils en état de légitime défense ?"
Le Monde, article du 28/07/1975, "Jacques Pottier a été tué de 7 balles tirées par 2 membres de l'antigang"
Le Monde, article du 25/07/1975, "On ne savait plus qui étaient les malfaiteurs, qui étaient les policiers..."

Raymond DOUS & Jean DONATINI

Au milieu des années 70, le terrorisme pro-palestien s'intensifie et s'exporte sur les territoires européens. Plusieurs attentats ont déjà frappé le sol français, parmi les plus marquants : une attaque à la grenade au drugstore de St-Germain-des-Prés (6 morts, 22 blessés) et deux tentatives de destruction au moyen d'un lance-roquette d'avions d'une compagnie israélienne de transport aérien à l'aéroport d'Orly (23 blessés).

Vendredi 27 juin 1975. La division B2 de la Direction de la Surveillance du Territoire enquête sur l'environnement d'un suspect libanais âgé de vingt-cinq ans : Michel Moukharbal, lequel s'est présenté comme un "sympathisant de la cause palestinienne". Il est effectivement fiché comme étant un cadre du Front populaire de libération de la Palestine dirigé par Georges Habache.

Le commissaire principal Jean Herranz, cinquante-deux ans, chef de la division, tient à vérifier l'information que vient de lui livrer Moukharbal, alors placé sous le régime de la garde à vue depuis déjà plusieurs jours. Il serait en mesure d'indiquer où se trouve un intermédiaire non identifié avec lequel il complote depuis deux semaines. Il logerait temporairement au 9 rue Toullier dans le 5ème arrondissement de Paris, dans un appartement loué par des étudiantes vénézuéliennes.

Le commissaire Herranz demande l'assistance de deux agents sur le point de prendre congé :  l'inspecteur divisionnaire Raymond Dous, cinquante-cinq ans, et l'inspecteur Jean Donatini, trente-quatre ans. Ils quittent l'antenne de la rue des Saussaies avec Moukharbal, dépourvus de moyens radios et sans leurs armes de service.

Sur place rue Toullier, vers 21h30, l'inspecteur Dous reste avec Moukharbal dans le véhicule administratif tandis que les deux autres policiers gagnent les étages. Une soirée alcoolisée a commencé et de la musique latine émane de l'appartement.

Le contact recherché serait un jeune étudiant vénézuélien fraîchement débarqué de Londres : Carlos Martinez Torres. Personne ne soupçonne qu'il s'agit là d'un terroriste très engagé, muni de faux documents, et qui a bénéficié d'un solide entrainement.

Avec de nombreux amis, ce dernier vient de fêter le départ d'une colocataire pour Caracas. Lorsque la sonnette retentit, le commissaire Herranz et l'inspecteur Donatini sont derrière la porte. Les occupants du studio sont plutôt médusés et incrédules. Profitant du tumulte, Carlos passe à la salle de bain, et s'empare d'un pistolet russe Tokarev, calibre 7,65 qu'il dissimule dans le col de sa chemise. Les policiers sortent deux photos issues de surveillances sur lesquelles apparaissent le mystérieux contact pris de profil en compagnie de Moukharbal.
L'inspecteur divisionnaire Raymond Dous était un vétéran de la guerre d'Algérie titulaire de la médaille militaire avant d'entrer dans l'administration.
L'inspecteur Jean Donatini est entré dans la police en 1965  comme gardien de la paix.

Iil devenait inspecteur et devait intégré la DST depuis deux ans. Il était marié à Jocelyne Moutardier.

Cité à l'ordre de la Nation, une place porte désormais son nom à Reims, sa ville natale.

Le commissaire Herranz observe Carlos, dont le visage est très ressemblant. Palpé sommairement, le jeune homme feint l'ignorance et élude intelligemment les questions. Le commissaire Herranz demande à son collègue d'aller chercher Moukharbal pour une confrontation ultime.

Quelques instants plus tard, Moukharbal fait son entrée avec les trois policiers. Il désigne aussitôt du doigt Carlos. A la surprise générale, Carlos saisit le Tokarev, tire à bout portant sur les policiers à hauteur des visages et exécute Moukharbal. Le terroriste abandonne les convives stupéfaits et les corps agonisants de ses victimes pour prendre la fuite. D'importants renforts de police convergent et figent la scène de crime. Tous les occupants du studio sont interpellés et emmenés à la brigade criminelle pour interrogatoires. Seul le commissaire Herranz, atteint dans la région du cou, va survivre.

Lundi 30 Juin 1975. Les obsèques officielles des deux policiers sont organisées dans la cour d'honneur de la préfecture de police en présence de Michel Poniatowski qui déclare : " La D.S.T. est en deuil. Il est malaisé pour qui vit de l'extérieur de telles situations de se représenter ce qu'il faut à la fois de courage et de dévouement au service du public pour accomplir des missions comme celle-ci. "



"Carlos" Martinez Torres, alias Illitch Ramirez Sanchez,
tel qu'il apparût aux trois policiers de la DST.
De découvertes en arrestations, les policiers remontent les ramifications du tueur qui opère à l'époque en Europe pour le compte du Front populaire de libération de la Palestine de Georges Habache avec le soutien du KGB et des pays de l'orbite communiste.

Le 6 juillet 1975, Scotland Yard identifie l'homme que les enquêteurs ont de fait baptisé "Carlos" : il s'agit d'un vénézuélien nommé Ilitch Ramirez Sanchez, né en 1949 à Caracas. Il est le fils d'un riche avocat marxiste. Ses deux frères se prénomment Vladimir et Lénine.

Les policiers perquisitionnent un appartement au 11 rue Amélie, dans le 7ème arrondissement de Paris, adresse figurant sur un talon de chèques de Moukharbal. L'occupante des lieux, de nationalité colombienne, confirme le passage de Carlos chez elle, dans la nuit du 27 juin. Il y a téléphoné à Londres et écrit plusieurs lettres. Dans l'appartement, les policiers mettent la main sur un important stock d'armes et de faux documents ; une dizaine de pistolets, de la dynamite, du plastic, et une trentaine de grenades.

Le laboratoire de la préfecture les passe à la loupe, et conclut que les bouchons allumeurs de certaines grenades sont du même type que ceux retrouvés à l'aéroport d'Orly lors de la tentative d'attentat du 19 janvier 1975. Une grenade américaine M26 est «identique» à celle utilisée lors de l'attentat du drugstore Saint-Germain-des-Prés. «Quatre du même lot ont été abandonnées après une prise d'otage à l'ambassade de France à La Haye», selon les policiers. Un lien est donc fait entre Carlos, la rue Toullier, et trois autres opérations, dont l'attentat du drugstore en 1974.

Après une traque longue d'une vingtaine d'années, le mercenaire du terrorisme international est repéré à Khartoum (Soudan). Avec l'accord du gouvernement soudanais et l'appui du Minsitre de l'Intérieur Charles Pasqua, la DST procèdent à son arrestation le 14 Août 1994 ; dans un cabinet médical, où Carlos avait programmé une opération de chirurgie plastique destinée à modifier radicalement son physique. Le lendemain, il atterrit à Villacoublay sous très bonne escorte.

Carlos purge une double condamnation à la perpétuité à la centrale de Saint-Maur. Il est désormais converti à l'islam. Il peut espérer sortir à partir de 80 ans...


Sources et références :
"Dans les coulisses de la lutte anti-terroriste" de Georges Moréas, éd. First Document, 2016.
Le Monde du 30/03/1975, "2 terroristes sud-américains tuent 2 inspecteurs et blessent un commissaire de la DST"
Le Monde du 01/07/1975, "Le ministère de l'intérieur met en cause un réseau international de terroristes"
Le Monde du 02/07/1975, "M. Poniatiwski : nous ne céderons devant aucune violence"
Le Nouvel Obs du 07/07/1975, page 28, "Carlos qui ?"
Libération du 12/12/1997, "25 Juin 1975: trois morts rue Toullier à Paris. Un carnage signé Carlos"
Le Figaro du 07/08/2008, "Carlos, tueur sans frontières"

Gilbert PEYRE

crédit photo : Famille Peyre, tous droits réservés
1975 - Le gardien de la paix Gilbert Peyre est abattu par un malfaiteur qu'il transporte pour un interrogatoire à la brigade criminelle de Bordeaux.
Samedi 3 Mai 1975. Un postier bordelais prévient la police de la découverte fortuite d'un colis éventré contenant la somme de 17250 francs en coupures de billets. L'enquête établit aussitôt que l'argent provient d'une attaque à main armée survenue le 25 Avril à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). La piste mène logiquement à l'adresse de l'expéditeur, dont le profil est très intéressant.

Vendredi 16 Mai 1975. Trois policiers de la brigade criminelle de Bordeaux (Gironde) se rendent à Villenave-D'Ornon au domicile de la soeur d'Alain Thomasson, trente-et-un ans. Individu bien connu des services de police pour de multiples braquages et vols qualifiés. Il est interpellé sans difficultés en compagnie de son neveu, Serge Dejean, vingt-six ans.

Les policiers prennent la direction de leur antenne judiciaire au commissariat de Bordeaux afin de placer les intéressés en garde-à-vue. Ils sont désormais cinq dans une Renault 4L. Lors du transport, Thomasson se montre très prolixe et complaisant ; il parvient à détourner l'attention des policiers et subtilise discrètement une arme à feu qu'il dissimule dans une sacoche en cuir qui n'a pas été vérifiée. Il contraint alors les policiers à remettre leurs armes tandis que la voiture est toujours en marche.

Désarmé, l'inspecteur Pierre Pabot s'éjecte du véhicule suivi par Dejean. Des coups de feu éclatent dans la 4L qui finit par s'immobiliser rue Albert Thomas. L'inspecteur stagiaire Jack Boitaud est grièvement blessé, tandis que le gardien de la paix Gilbert Peyre est atteint mortellement à la tête alors qu'il tente de prendre son arme. Les malfaiteurs parvenaient aussitôt à prendre la fuite. Thomasson disparaît en dérobant la voiture d'un automobiliste après s'être emparé de l'un des pistolets des policiers. Son neveu est interpellé plus tard dans la journée.

Originaire de Talence (Gironde), Alain Thomasson avait été plusieurs fois arrêté pour agressions à main armée. Condamné à dix-sept ans de prison par la cour d'assises de la Gironde, il se trouvait depuis quelques mois en liberté conditionnelle.

29 Juillet 1975. Contrôlé sous une fausse identité par la police britannique à Londres, il était de nouveau interpellé dans le cadre d'un mandat d'arrêt international, toujours en possession du pistolet volé à l'un des inspecteurs. Il est extradé vers la France en Mars 1983 au terme d'un procès dans lequel il était également accusé d'avoir tiré sur des policiers anglais. Il écopait dans un premier temps de 10 ans de réclusion criminelle. Pendant toute l'instruction, jusqu'en 1987, Thomasson a nié sa culpabilité. Il n'a pas voulu se prêter à une reconstitution. Il a refusé toute expertise psychiatrique.

28 Février 1989. Alain Thomasson est condamné à la réclusion criminelle dite à perpétuité par la cour d'assises de Gironde. Après un délibéré de seulement deux heures, les jurés ont répondu par l'affirmative à toutes les accusations portées contre le malfaiteur, sans circonstances atténuantes.

23 Février 2003. Alain Thomasson, qui bénéficie d'une semi-liberté probatoire depuis Octobre 2002, ne regagne pas sa maison d'arrêt à Maxeville (Meurthe-et-Moselle). Son corps est retrouvé en Avril 2004 dans un plan d'eau près de Bari (Italie), victime d'une exécution par arme à feu.

Sources :
Avec l'aimable autorisation de Thierry Peyre (fils)
Sud-Ouest, article du 14/11/2006, p.11, "Le souvenir à jamais"
Sud-Ouest, article du 30/04/2004, p.9, "L'ancien ennemi public N°1 retrouvé mort en Italie"
Archive numérique Le Monde du 19/05/1975
Archive numérique Le Monde du 02/03/1989

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